Castor politique

Des fables et de la politique

Marianne : un journal comme les autres ?

2008 : Usain Bolt fracasse le record du monde du 100m. Un stastisticien curieux observant la répartition des 100m les plus rapides de l’histoire s’aperçoit que le record d’Usain Bolt ne s’intègre pas dans une distribution normale et, par provocation, écrit un article qu’il titre Usain Bolt : ce n’est pas normal. A sa vue, le sang de Régis Soubrouillard ne fait qu’un tour. L’occasion est trop belle de dénoncer ce que tous les journalistes français suspectaient (1): Usain Bolt est dopé. Aussitôt dit, aussitôt fait. L’article est écrit, Usain Bolt est trop rapide pour être honnête. Son record est du jamais vu ! (2) Usain Bolt a de prétendues prédispositions génétiques, il affole les chronomètres

Malgré les talents polémistes de Régis Soubrouillard, des lecteurs remarquent que le mot « normal » a ici un sens mathématique qui ne s’applique pas à une population extrème (les coureurs les plus rapides). En fait, l’auteur a tout simplement écrit sur un sujet qu’il ne comprenait pas. C’est déplorable mais l’ignorance n’est pas un défaut… pour autant qu’elle soit admise. Or dans ce cas précis, deux problèmes graves méritent d’être soulevés.

Le premier ne concerne que l’auteur de l’article qui a escamoté la première phrase de l’article d’origine : Usain Bolt’s wonderful run in the Olympic 200-meter sprint reminds us that the normal distribution — the familiar bell curve beloved by economists and statisticians — can be wildly inappropriate when analyzing extremely selected samples. Cette phrase exprime simplement ce que les lecteurs de Régis Soubrouillard avaient remarqué : la célèbre courbe en cloche de la distribution normal n’est pas adaptée à l’étude de populations très sélectionnées (en l’occurence, les sprinteurs). Régis Soubrouillard n’a-t-il pas compris le texte en anglais ou a-t-il volontairement détourné le sens de l’article de Justin Wolfers ?

Le second point concerne la politique éditoriale du journal lui-même. Une fois que des lecteurs ont dénoncé les erreurs de l’article, (et je n’en fait pas parti, je ne voyais pas l’intérêt d’en rajouter alors que d’autres l’avaient déjà fait), pourquoi Marianne2 ne décide-t-il pas d’enlever l’article, avec ses excuses ?

Ce n’est pas un problème politique ou de point de vue, c’est un fait que premièrement, le mot « normal » a été pris dans un sens qu’il n’avait pas, et deuxièmement, que la loi normal ne s’applique pas à l’étude des phénomènes extrèmes. Même si les journalistes ne le comprennent pas, c’est comme si il avait été écrit 1+1 = 3, ou plutôt, pour donner un ordre de difficulté légèrement moins vexant, 10000000000+123453554646 = 35347675768.

Le but d’un journal est-il de surprendre, ou d’informer ? Même un journal polémique comme Marianne devrait baser son ironie sur des faits, ou il cesse d’être un journal.

(1) Il ne faut pas être naïf quand même !

(2) Je ne comprend pas trop où est le problème : un record, c’est toujours du jamais vu.

août 29, 2008 Posted by | média | , , , , | 2 commentaires

Le journal à notables

Le Monde est un journal français très particulier. Il est connu, même à l’étranger, célèbre et cocorico. C’est bien le seul d’ailleurs, car Libé est un peu trop gaucho, et ne parlons pas du Figaro.

Les français, Castor les connait, ils ont inventé le mètre et le poids, et le mètre de référence et le poids de référence. Castor le sait, la France adore la référence. Il leur fallait un journal de référence et ils ont choisit Le Monde. Ils voulaient faire comme les scientifiques, les physiciens et les biologistes : étalonner.

Chez lui, Castor snobine parfois, et ne dit pas « Je suis de gauche », mais « Je suis à la gauche du Monde », de la même voix que prendrait un catho pour murmurer,  » Jésus est à la droite de Dieu ».

Mais le pire, Castor va le dire. Le Monde est devenu le journal des notables, c’était inévitable. En effet. Regardez : toutes les tribunes sont plumées par un politicien ou un écrivain. Ou un spécialiste, ou un journaliste. Plus de place pour les castors.

Pour Le Monde, la politique est un spectacle, pas un spectacle vulgaire, non, plutôt du genre de celui que l’on va voir au théatre, ou à l’opéra, un ballet de doués danseurs adulés ou détestés. Mais surtout pas : un spectacle de rue que chacun pourrait critiquer.

mars 25, 2008 Posted by | Politique | , , | Laisser un commentaire