Castor politique

Des fables et de la politique

Les crises du capitalismes et les rêves socialistes

Il est entré dans la salle, tout excité par la nouvelle baisse de 10% de la bourse française. Deux jours auparavant, il rassurait une collègue… sur la capacité des gens à reconnaître les ressorts de l’oppression et à se révolter contre le système capitaliste, à la manière des journalistes et des chercheurs qui écrivent dans Le Monde Diplomatique et distinguent le changement et la révolution à chaque nouvel évenement social ou économique.

On veut espérer, croire, rêver. Peut-être faudrait-il mesurer, comprendre, construire.

On entend tout et son contraire, il y a du progrès ici, une régression là, et les tautologies s’accumulent comme les blogs sur le web.

Aux Etats-Unis, les démocrates sont favorisés par la crise lit-on un peu partout dans les journaux. En filigrane on comprend que les républicains sont favorisés par une capitalisme en bonne santé. Et à lire les réactions des « humanistes de gauche », on en vient à se demander s’ils ne souhaitent pas la bienvenue à une crise qu’ils imaginent volontier portant une rose au veston.

Mais revenons à ces républicains favorisés lorsque « tout va bien ». Marx divisait la société en classes aux intérêts divergents et luttant pour la plus grande part du gâteau. Quelques soient ses conclusions, quelques soient nos espérances, on ne peut pas nier la propension de l’homme à lutter pour lui-même et uniquement pour lui-même. Sur cela, il avait vu juste : chaque classe se bat pour son propre bien.

Laissons donc un instant de côté la solidarité et toutes ces fadaises. Dans une société comme la nôtre, où la classe moyenne supérieur est nombreuse, est-il possible d’espérer le progrès social, même lorsque certains indicateurs économiques (1) sont au vert ?

Pourquoi je pose cette question ? Bonne question justement. Je m’interroge sur le fonctionnement de la démocratie : on en parle souvent comme le règne de la majorité, mais c’est une vision très restreinte. Nous savons tous que nous ne sommes pas égaux, que notre richesse nous donne une influence sur les esprits. Essayons de l’intégrer dans le processus démocratique : on pourrait imaginer que le vote des riches a plus de poids que celui des pauvres. En raisonnant ainsi, on trouve que le poids politique d’une certaine partie de la population, disons la classe moyenne supérieure, possède un poids politique plus grand que ne semblerait l’indiquer son simple nombre. Bien sûr, mon raisonnement reste flou : il est difficile de cadrer cette soi disante classe moyenne supérieur. On ne peut pas parler en terme de pourcentage de plus riches, par exemple, car le sentiment d’appartenance, sentiment évidemment subjectif, compte pour beaucoup. Mais on peut néanmoins admettre que le poids de cette catégorie (2) augmente ou a augmente depuis un siècle.

Supposons maintenant que le poids politique de cette minorité soit devenu si grand qu’elle agisse comme une minorité de blocage. Cette frange aisée de la population pourrait se sentir menacée en temps de crise mais agirait sinon comme un stabilisateur (ou un conservateur) de la société puisqu’elle aurait le sentiment d’en retirer un avantage (subjectif).

Plus intéréssée par son statut de consommateur que de citoyen, l’homme de la classe moyenne supérieur ne voit plus vraiment le vote comme un modificateur social, mais plutôt comme un choix supplémentaire parmi tous ses autres choix de consommation. Pour lui, le vote se dissout dans toutes les autres possibilités que lui offre la société. De plus, l’impact de son vote reste bien plus faible que l’impact de ses choix de consommation. Par exemple, le temps passé à s’informer pour voter est relativement bien plus important au regard du bénéfice escompté que le temps passé à s’informer pour choisir le meilleur téléphone portable : dans ce dernier cas, un choix judicieux permet de faire des économies immédiates et d’en retirer une satisfaction plus importante.

Il me semble que pour notre individu virtuel, l’engagement politique n’a plus de sens. C’est-à-dire que ne distinguant plus l’impact de son propre vote, il en viendrait à toujours voter du centre-gauche au centre-droit, pour un changement tout au plus minime. Selon cette manière de voir, voter à gauche ou à droite n’a plus vraiment d’importance, et statistiquement, cette classe jouerait facilement le rôle de contre-poids, provoquant l’alternance et le retour de balancier sans donner aucune direction politique sur le long terme.

Selon moi, l’enrichissement de la société dans le cadre capitaliste a nécéssairement pour conséquences une stabilisation de cette société. J’entends déjà certaines personnes se réjouir : « mais puisqu’on est plus riche, où est le problème ? »

Le problème, justement, vient du modèle de société qui est ainsi véhiculé : une classe stabilisatrice riche, et une classe pauvre, peut-être peu nombreuse, mais ne disparaissant jamais car oubliée par la dictature de la majorité. L’idée qu’il y aura toujours des pauvres ne date pas d’hier mais elle ne prend pas en compte le fait que la masse des pauvres a singulièrement diminué depuis 2 siècles. Pourquoi le but de la société ne serait-il pas de faire disparaître complètement la misère ?

Est-il possible de lutter ? On peut l’espérer et ne pas y croire. Je lisais voilà quelques années un article d’un journal de la gauche américaine qui disait que l’on ne pouvait plus espérer de changement (de révolution?) dans les sociétés occidentales et que seules les sociétés du tiers-monde allaient être capables de trouver des idées et de gagner de nouvelles luttes.

Aujourd’hui, tout va mal. Mettons nous d’accord, cela ne signifie pas que tout le monde souffre, non, mais que les plus riches voient leur niveau de vie baisser. Relativement. Mais pas contre, déjà hier, au temps de l’argent facile (3), les plus pauvres ne s’enrichissaient pas plus. C’est néanmoins une expression significative : quand la proportion de gens qui souffrent réellement passe en dessous d’un certain seuil, elle est complètement oubliée.

Alors, comment faire pour diminuer la misère ? Il n’existe pas de seuil en dessous de laquelle elle serait supportable. Même si c’est l’impression qui est donnée par l’évolution de la société occidentale depuis la fin des trentes glorieuses.

(1) indicateurs qui n’ont pas de signification sociale, et en tout cas aucun autre sens que macroéconomique.

(2) qui resterait donc à définir précisement.

(3) lu dans Le Monde. Argent facile pour qui ? On aimerait le savoir.

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octobre 15, 2008 Posted by | Politique | | Laisser un commentaire