Castor politique

Des fables et de la politique

La France et ses minorités : leçons canadiennes

Les accommodements raisonnables

Sous ce nom se cache un principe simple du droit canadien dont le but est d’atténuer la « dictature de la majorité » en instituant des recours contre les discriminations indirectes (comme le fait que la plupart des jours feriés soient des jours de fête chrétienne).

Suite à l’hystérie collective qui a suivit les attentats de 2001, le modèle d’intégration canadien a parfois paru être en crise. Les Québécois se sont sentis menacés par l’arrivé d’immigrants (forcément?) toujours plus nombreux. En réponse à ces questionnements, le 8 février 2007, le premier ministre du Québec Jean Charest a créé une commission de consultation sur les accommodements raisonnables . Ses conclusions (1) ont été publiées en juin 2008 et je viens tout juste d’en achever la lecture (oui, je sais, je ne suis pas rapide).

Si ce rapport est extrèmement éclairant sur la situation du Québec, mon but est surtout de le comparer à la politique que mène la France vis-à-vis de sa propre immigration et de ses minorités.

Qu’est-ce que c’est ?

Nous sommes tous prêts à faire quelques arrangements pour nos proches ou nos collègues. Il vous est sans doute arrivé de préparer un repas végétarien pour un ami qui ne mangeait pas de viande, que ses raisons soient personnelles, religieuses ou politiques. Par contre, nous n’accepterions pas le sexisme — en caricaturant, par exemple si on nous demandait que notre femme soit mise à l’écart. Nous vivons au jour le jour quelque chose qui s’apparente à un accommodement raisonnable : certains principes nous semblent inaliénables tandis que des règles et des désirs peuvent évidemment être assouplis.

Au Québec, l’accommodement raisonnable est un principe juridique qui permet d’assouplir une règle tant que cela ne va pas à l’encontre de certains principes inaliénables, ou tant que cela n’apporte pas de contrainte excessive (pécuniaire, ou quand les demandes sont trop nombreuses et diverses, etc). Bien évidemment, tout ceci doit être « raisonnable » et le législateur s’attend à ce que les différentes parties en présence arrivent à un compromis sans qu’il soit nécessaire d’entamer une procédure juridique. Ce genre d’accord entre personnes censées existe bien sûr aussi en France (service végétarien ou halal à la cantine, etc). La différence majeure est qu’en France, si un procès a lieu, la loi prédomine, tandis qu’au Québec, le juge tente de trouver un « juste milieu » (2).

Au cours des années 2006-2007, ce modèle a soudain paru être en crise, comme si les minorités s’étaient mises tout à coup à demander trop et à profiter de ce principe pour remettre en question certains droits comme l’égalité homme-femme, la laïcité, etc.

Perception et réalités

Très justement, la commission s’est d’abord attachée à comprendre d’où venait cette « crise » des accomodements raisonnables et s’est aperçue que si le nombre de litiges n’avait pas augmenté significativement. Par contre, une augmentation exponentielle des cas portés à l’attention des médias a été décelé dans les deux années qui ont précédé la création de la commission. De plus, pour 15 des 21 cas les plus médiatisés, la commission a prouvé l’existence d’une distortion manifeste entre les faits reconstitués et les perceptions générales de la population à leurs égards. Bien évidemment, ce point particulièrement important n’a pas été mis en exergue par des médias habiles à cacher leurs erreurs. Je me souviens au contraire des cris de vierge effrayés qu’ont poussé les médias car chacun sait qu’une majorité ne peut jamais se tromper. En bref, le comportement populiste de leur part comme de la part des hommes politiques a été largement occulté.

Rappelons pour comparaison que les dénonciations des médias qui avaient suivi l’apparition de Le Pen au second tour des présidentielles de 2002 avaient été traitées avec mépris. L’autocritique des médias français sur quelle question que ce soit n’est pas pour demain et n’aura sans doute jamais lieu.

Pour conclure sur ce point, je ne peux m’empêcher de citer la commission : nous nous contenterons de signaler qu’en exprimant son mécontentement sur les accommodements, le public s’est souvent trompé de cible. En effet, les immigrants et les membres des minorités ethniques n’ont rien eu à voir dans plusieurs affaires et ils ont été injustement blâmés dans plusieurs autres. Bien sûr, ce sont des erreurs typiquement québecoises que nous Français ne feront jamais jamais jamais.

Les raisons d’être des accommodements raisonnables

Je continue à citer les travaux de la commission. Dans toute société où se côtoient deux ou plusieurs cultures surgit inévitablement la question de la gestion de la diversité. (…) Jusqu’à récemment , elle était généralement résolue de façon autoritaire : une culture, plus puissante, tentait soit de dominer les autres en les marginalisant , soit de les supprimer en les assimilant. (…) Peu à peu, le droit a été amené à reconnaitre que la rêgle de l’égalité commande parfois des traitements différenciés. Car la rigueur absolue dans l’application des lois et des règlements n’est pas toujours synonyme d’équité. Les accommodements raisonnables permettent d’éviter la marginalisation et favorisent la discussion et les solutions de compromis qui respectent les valeurs fondamentales.

Qu’est-ce qui est fondamental ? Qu’une jeune fille aille à l’école ou qu’elle ne porte pas le voile ? Dans cette affaire sur le voile à l’école, personne n’a demandé l’avis des élèves. Se sentaient-ils menacés par les adolescente voilées ? J’en doute. Faisaient-elles du prosélytisme ? Non. N’oublions pas que parmi les religions du livre, la religion chrétienne est celle dont le prosélytisme est le plus actif, et à ce propos, les algériens se sont récemment inquiétés des conversions au protestantisme qui ont lieu dans leur pays (mais on retrouve les mêmes problème en Thaïlande, aux Philippines, etc).

La laïcité

Les auteurs comparent le modèle français et le modèle québecois et concluent que le type de laïcité à la française n’est pas le meilleur. C’est là une litote qui nous permet d’admirer leur sens de la diplomatie !

Je laisse encore une fois la parole à la commission.

Pour certains républicains français, l’école laïque doit avoir pour mission d’émanciper les élèves de la religion. Pour d’autres, les identités culturelles et religieuses ne font que nuire à l’intégration sociale, laquelle doit être fondée sur une citoyenneté excluant tout particularisme. Pour leur part, les auteurs du rapport pensent que l’assignation à l’école d’une mission émancipatrice dirigée contre la religion n’est pas compatible avec le principe de neutralité de l’état entre religion et non-religion et que le processus d’intégration d’une société diversifié s’effectue à la faveur d’échanges entre les citoyens, qui apprennent ainsi à se connaître, et non par la mise en veilleuse des identités.

A notre décharge, on doit expliquer (3) plus précisement la situation française. La loi 1905 qui sépare l’église de l’état fut le théatre d’intenses débats. L’inventaire des biens écclésiastiques qui suivit le vote de la loi provoqua des manifestations violentes dans de nombreuses régions de France au point que certains ont cru que le pays s’acheminait vers une nouvelle guerre civile. Le Vatican rompit ses relations diplomatiques avec la France pour ne les reprendre qu’en 1920 à l’occasion de la béatification de Jeanne d’Arc. Finalement, en 1924, une encyclique du pape Pie XI sonna la paix des braves qui s’était petit à petit établie entre l’état français et l’église catholique. Cependant, le débat ne s’était pas tout à fait appaisé et ainsi, Guy mollet envisagea à nouveau un concordat en 1958 (sans compter les nombreuses manifestations entre partisans de l’enseignement libre et public qui se sont produite jusqu’à récemment). On comprend mieux l’état de siège que pensent vivre certains athés.

On s’aperçoit que c’est justement l’existence d’une religion ultra-majoritaire en France qui a posé problème. Sûr de sa puissance, l’église catholique a toujours espéré gagner la bataille politique. Au contraire, au Canada, les protestants et les catholiques étaient de force égales et ont favorisé l’émergence d’une culture du compromis.

En France, on s’inquiète surtout de la montée de l’immigration musulmane. Mais elle ne sera jamais une force politique comme le fut l’église catholique. Il faudrait avoir plusieurs centaines de milliers voir un million d’immigrants musulmans intégristes par an pour qu’il y ait un réel danger ! Or l’immigration musulmane est forte mais minoritaire.

En France, certains musulmans préfèrent que leurs enfants aillent dans une école juive ou catholique qui serait plus accommodante. Certains agnostiques paranoïaques décelent ici une sorte d’alliance religieuse (4).

Les athés et les croyants non pratiquant pensent parfois que les dévotions, les interdits alimentaires et autres règles de ce genre sont accessoires. Cet argument découle d’une conception purifiée ou réductrice du christianisme selon laquelle l’essentiel réside dans la croyance et les dispositions intérieurs, aux dépens de la pratique extérieure. Or pour le judaïsme, par exemple, la croyance est moins importante que le respect de la Loi. Sur ce point, j’ai effectivement rencontré des juifs, non croyants, mais qui suivaient certains préceptes de la Loi par tradition. Je ne crois pas qu’ils constituaient une menace. Et leurs enfants seront sans doute encore moins menaçants attachés à leurs coutumes.

En réalité, le passage d’une observance stricte des règles religieuses à une foi intérieur peut prendre plusieurs générations. Il faut donc se garder de juger les autres d’après notre situation présente. Si les agnostiques pensent que la religion est amené à disparaître, ils auraient tout intéret à respecter les autres cultures et à prévoir un appaisement sur le long terme.

Conclusions

Le résumé du rapport de la commission fait plus de 100 pages et est extrèmement touffu, je ne peux qu’en conseiller la lecture. Je désire cependant donner mes propres conclusions et quelques unes des leurs :

  • Sur l’immigration et les minorités, au Québec comme en France, il y a un manque évident d’information.
  • Les francophones sont minoritaires au Canada. Ils ont un sentiment d’insécurité, hier du fait de la majorité anglophone, aujourd’hui du fait de l’immigration. La mondialisation et l’Europe jouent-elles le même rôle en France ? Devons-nous apprendre à n’être qu’un pays parmi d’autres en Europe ?
  • L’identité nationale n’est pas quelque chose d’inamovible qui aurait sa place dans un concert abstrait des identités nationales. On ne peut espérer qu’elles demeurent telles qu’elles sont ad vitam eternam. Les pays d’amérique du nord comme du sud et qui se sont fondés via l’immigration en sont bien conscient. L’Europe doit l’accepter tout en posant des balises claires.
  • Il ne faut pas idéaliser le Québec : il existe là-bas une véritable discrimination. Les immigrants, même européens, peuvent en être victime (sous-emploi, chomage, etc). Cependant, les enfants des immigrants subissent rarement le racisme qui existe en Europe. En général, l’assimiliation nécessite une génération, mais pas plus. Et il n’y a pas de parti d’extrème droite.
  • Une mise à l’écart de certaines minorités en raison de leurs traditions est contreproductif. Tout comme le serait le fait de les laisser se ghettoïser sans chercher à les assimiler. Il faut que ne nous soyons capables de faire la différence entre ce qui est important et ce qui l’est moins et ne pas penser que la foi intérieure doit être le seul espace de liberté concédé aux croyants (5).

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(1) voir sur internet. Les citations du rapport sont en italique.

(2) je ne suis pas un juriste, je suis pas sûr de bien comprendre tout ça.

(3) quand je dis « expliquer » je ne dis pas « justifier ». On confond souvent les deux verbes. Le premier est plutôt de l’ordre de la description, le second évoque un jugement morale. Je suis contre ce qui se fait en France, mais je comprend les mécanismes historiques qui nous ont amené à cette situation.

(4) les persécutions des chrétiens en Irak et des musulmans en Israël montre combien une telle alliance est solide et réelle !

(5) ou aux athés. La polémique sur le voile est suspecte quand on sait combien l’habit fait le moine en France. Nous sommes beaucoup plus strictes et conformistes sur notre façon de nous habiller que bien des pays occidentaux. Les raisons sont peut-être différentes (religion ou traditions sociales), mais le résultat est identique. Alors voile ou costume trois pièces ?

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août 26, 2008 Posted by | actualités, Politique | , , | 4 commentaires

Bouillon de mentalités, de cultures et de politiques

Depuis quelques temps, je suis fasciné par l’entrelacement de la politique et de la psychologie. Nous avons tous une éducation qui nous est propre, mais certains de ses traits sont largement partagés dans notre pays d’origine, la France en ce qui me concerne. Notre éducation a contribué à l’émergence de nos idées, qui là encore nous sont propres ou largement partagées. Mais pas seulement. Notre éducation a aussi fait notre caractère. Et notre caractère fait nos idées. Et nos idées font notre caractère.

J’ai déjà parlé du cynisme français. Je pourrais parler de la naïveté québecoise. Parfois, la frontière entre les idées et le caractère devient flou. Ainsi, à quel moment l’universalisme devient-il de la prétention ?

Nous avons aussi la conviction, en France, qu’il existe une réalité, une vérité, au point de parler de vrais (sic) débats, de vraies idées, etc. Mais il y a autre chose : les français — dont je fais parti, et ces remarques sont aussi une autocritique — acceptent difficilement de reconnaitre leurs torts. Les deux choses sont-elles liées ? Si, je caricature, en amérique du nord tout est affaire d’opinion, même les notes des examens d’université, en France, tout est vrai, ou faux. Pire, si c’est faux, alors c’est méprisable et sujet à la moquerie. Alors que si c’est affaire d’opinion, on peut changer d’avis en ayant l’intime conviction de en pas avoir eu tout à fait tort.

Il y a donc un mélange des genres, entre mentalités et idées, qui fausse la réflexion et qu’il est difficile de démeler.

Il m’arrive souvent de critiquer notre mentalité, mais en même temps, je ne suis pas certain de le faire à juste titre. En réalité, le seul argument qui m’amènerait à préférer la mentalité québecoise à la mentalité française concerne tout autre chose que la politique et est mieux illustré par une petite anecdote.

Voila quelque années, j’ai rencontré un libanais qui avait commencé ses études dans des établissements français du Liban et dont les parents avaient fui la guerre civile pour aller en Arabie Saoudite. Là-bas, il avait eu le choix de continuer ses études dans un lycée français ou un lycée américain, et avait choisi ce dernier , non pas parce qu’il pensait que la formation était meilleur, au contraire peut-être, ni parce que l’anglais lui semblait plus important que le français, mais tout simplement parce qu’il pensait que le lycée américain favoriserait son épanouissement personnel, et que bon ou mauvais, il allait s’y sentir mieux.

L’ élite française qui sort bien souvent des classes prépas a la facheuse tendance de mépriser les autres formations, souvent par ignorance, mais admettons même qu’il y ait une part de vérité. Est-ce que nos capacités intellectuelles sont plus importantes que notre bonheur ? En ces jours de JO, nous critiquons la formation des athlètes chinois, leur mise à l’écart, leur travail acharné qui détruit parfois leur corps, mais sachons le, sur bien des points, la France est à mi-chemin entre l’individualisme anglo-saxon et le sentiment asiatique de responsabilité vis-à-vis du corps social — qui, en contrepartie, renvoie à l’état sa propre responsabilité de redistribuer les richesses et de prévenir les mécontentements.

Libéralisme, socialisme et vache-à-lisme

Quand nous parlons de politique, nous imaginons que la lutte entre le libéralisme et le socialisme est lutte d’idée, une lutte du petit au fort. Et pourtant, c’est aussi une lutte de caractère.

Prenons le cas de la recherche. Principalement publique en France, faible malgré les promesses sans cesse renouvellées, tous les partis politiques, y compris socialistes depuis Jospin, voudraient la relancer par le privé. C’est beau. Mais qu’espère-t-on ?

On critique les chomeurs, profs et tous ceux dont on croit qu’ils sont favorisés ou chouchoutés à tort. Mais cette soit-disant mentalité d’assistanat, dont je veux bien accuser certains (1), n’est pas réduite à ceux qui sont dans le besoin. Les plus grosses entreprises françaises tètent les vaches-à-lait universitaires. Certaines ont pris l’habitude de profiter de la recherche publique contre des clopinettes. Pourquoi s’embêteraient-elles à financer chèrement leurs propre centres de recherche (même avec des baisses d’impots) quand elle ont tout pour rien, ou si peu.

Aussi, quand un patron d’une grande boîte française ou un homme politique de droite critique les faiblesses de certains, on ne peut que sourire et s’interroger : n’attend-il pas lui-même l’aide de l’état lors de ses négociations pour de gros contrats en Afrique ou en Chine ?

L’incompréhension culturelle

Parfois, certains traits culturels confinent à l’absurde. Le copinage et les réseaux des grandes écoles sont particulièrement développés en France. L’école devient comme un élément de notre personnalité, quelque chose qui nous caractérise et dont on ne peut se défaire.

Certains directeurs de grandes écoles se sont donc imaginés qu’en ouvrant leur concours aux étrangers, les étudiants seraient reconnaissant et formerait un réseau mondiale facilitant l’embauche, les contacts et la signature des contrats entre PDG issus du même moule. Quelle naïveté ! Comme si les Chinois et les Brésiliens avaient les mêmes intérêts que les Français.

Et surtout, quelle prétention…

Parenthèse : relativisme et toute

Attention ! Ce n’est pas parce que je dis que nos mentalités nous influencent que je crois que tout ce vaut. Comme Fukuyama, je pense que le relativisme est une posture. Il existe quelque part des valeurs et des barrières qui donnent une direction à suivre. Ensuite, à l’intérieur de celles-ci, peut-être qu’il existe différentes possibilités, ou que nous ne savons pas encore où se trouvent les optimums et les meilleurs solutions qui permettent de créer une société heureuse (2).
(1) Ce qui ne veut pas dire que je critique l’assistance chomage. Il y a en qui en profite, mais ce n’est pas une raison pour penaliser les innocents.

(2) Là où nous parlons en terme « objectifs » de liberté et d’égalité, les américains parlent de bonheur. En parlant de société heureuse, je me place définitivement du côté de ceux qui pensent que de nombreux choix de société sont affaire d’opinion.

Notes

Suite au commentaire de JP, je rappelle ces deux textes de mon blog sur la notion de vérité :

Le conte

La vérité en science

août 22, 2008 Posted by | philosophie, Politique | , , | 3 commentaires

Le défaitisme par l’absurde

La peur de l’autre, voilà ce que sont devenus la laïcité et les droits de l’homme, en France.

Une marocaine mère de trois enfants nés en France s’est vue refuser la nationalité française sous prétexte qu’elle a adopté, au nom d’une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment le principe d’égalité des sexes. Il est vrai qu’elle ne vote pas et porte un niqab (1).

Pourquoi ? Pourquoi donc lui refuse-t-on la nationalité française ? Aujourd’hui, des français ne votent pas, ils sont même nombreux. Quand a porter un niqab… voila qui ferait plutôt d’elle une victime que la citoyenneté pourrait peut-être aider à mieux protéger (2).

Non, je ne vois qu’une raison possible : la peur. Et la peur vient souvent d’un manque de confiance. La société française a perdu ses repères, et ne croit plus aux vertues de la laïcité, ni à la capacité de la démocratie à affirmer sa valeur morale. La France, et l’Europe avec, a peur du pouvoir d’attraction de l’islamisme, de la croissance de la Chine, bref, de toute une panoplie de trucs face auxquels le pouvoir d’attraction de la démocratie, de l’égalité et de la liberté feraient pâle figure.

Même le dragon virile et tout petit Sarkozy n’ose plus adresser le moindre reproche, ni la Chine, ni à un tout petit dictateur comme Ben Ali. C’est dire si il doit faire dans son froc.

Il faut dire que la démocratie a pris un sérieux coup dans l’aile ces dernières années. On critique la Chine sur le Tibet et la Chine nous renvoie la colonisation dans la gueule. On lui dit alors que c’était il y a 50 ans et elle nous répond que nous venons de décider de rendre inaccessible les archives sur la guerre d’Algérie. Que répondre ? Alors qu’elle peut enfoncer le clou avec la Nouvelle-Calédonie ?

Les valeurs démocratiques n’en sont plus ! Même notre président élu l’admet qui compare défavorablement le pouvoir de conviction de l’instituteur avec celui du curé.

Le gouvernement français ne peut rien dire à la Chine parce qu’en acte comme en parole, il ne croit plus au vertus démocratiques et préfère parler en terme de pouvoir d’achat, de victimes et de success-stories, en anglais s’il-vous-plaît.

(1) On pourra trouver un excellent article à ce sujet, écrit par Jean-Léon Beauvois.

(2) Remarque cynique qui suppose que les étrangers, même en situation régulière, sont moins bien protégés que les français. J’espère que c’est faux.

août 18, 2008 Posted by | actualités | | Laisser un commentaire

un p’tit texte

Voila un petit truc que j’avais ecrit en forme de brouillon et de reflexion.

anticapitalisme

août 12, 2008 Posted by | Politique | , , , | Laisser un commentaire

La Belgique Française

Tout près de nous, la Belgique se déchire, la Flandre désire se séparer de la Wallonie, prenant comme prétexte le retard économique de cette dernière. Le plus européens des pays de l’Union est en voie d’éclatement.

De son côté, la communauté Wallonne, déboussolée, est de plus en plus tentée par le rattachement à la France.

Certes.

Mais où demeure l’inérêt de la France, cette douce France que nous aimons ?

Je ne crois pas que nous aurions avantage à récupérer la région la plus arriérée de Belgique. Au contraire, je pense sincèrement que l’éclat et la gloire de notre pays serait mieux servi par la fusion de la Flandre avec la France, plutôt que par l’ajout d’un boulet supplémentaire à notre nation, ne trainons-nous pas déjà les banlieues, le XIXe et le nord ?

Soyons réaliste. Le seul argument qui milite en faveur du rattachement de la Wallonie est linguistique. Mais qui, en France, peut honnêtement affirmer que le français de Belgique est plus facile à comprendre que le néelandais ou même l’Allemand ? Pour ma part, je ne comprends aucun de ces dialectes et je pense que le français de base, celui que l’on croise parfois dans la rue, n’est pas mieux loti.

Passons maintenant en revue tous les avantages que nous aurions à rattacher la Flandre avec la France et admettons le point suivant : si les Flamands désirent se séparer des Wallons, c’est qu’ils y ont intérêt. Le calcul a été fait, environ 5 milliards d’euros sont transférés annuellement de la communauté néerlandaise vers la communauté wallonne. Ce prix incroyable, sans aucun doute due au manque d’ardeur au travail des Wallons, n’est pas un prix que la France est prète à débourser.

Le PIB par habitant de la Flandre dépasse les 25000$ lorsque celui de la France est de 21700$ seulement (en 2003). Nous aurions donc tout intérêt à ponctionner la Flandre pour remettre à niveau des régions française dont nous pouvons difficilement nous séparer (1).

Il faut aussi noter que la Flandre possède deux ports de première importance, Anvers et Bruges-Zeebruges, alors que la Wallonie n’a pas été capable de développer aucune infrastructure portuaire digne d’être rapportée. Il est vrai que la Wallonie n’a pas de côtes. Mais est-ce une excuse ? Elle a bien des fleuves.

Enfin, la ville bilingue de Bruxelles pose quelques problèmes. Cette ville est riche mais contient une forte communauté wallonne. Certains pourraient voir ici un argument en faveur de la Wallonie. Que nenni ! Car nous savons, et l’histoire l’a montré, qu’une déportation même massive s’organise très très aisément.

Sarkozy est tout-à-fait prèt à engager certaines forces militaires dans une opération coup de poing pour sauver Bruxelles. Un mandat de l’ONU devrait d’ailleurs être très facile à obtenir (2). Ce scénario aurait l’avantage de permettre la consolidation d’un corridor entre la Flandre et la France, corridor qui, pour de futur raisons économiques pourrait suivre la ligne de TGV Paris-Bruxelles, ou même, comme en Israël, être multiple et suivre toutes les autoroutes de la future ex-Belgique.

Il reste enfin à régler le problème de l’Europe. Les inimitiés qui naitraient d’une telle séparation risqueraient de paralyser le fonctionnement des institutions européennes. Mais avons nous réellement besoin de la solidarité européenne ? Non. Tout le monde sait aujourd’hui que la solidarité est une notion du XIXe siècle. La France doit quitter l’Europe et devenir une Grande France. Une organisation méditerranéenne qui pourrait prendre la forme d’une colonisation douce (i.e. avec camps de travail mais sans génocide) permettrait de se passer de cette solidarité.

La vieille europe et ses utopies fondatrices se meurent, il est temps de revenir à un chacun pour soi réaliste et efficace.

Castor

(1) Il se trouve que les régions périphériques de la France sont riches ( Alsace, Rhone-Alpes) ou d’un intérêt touristique important (Côte d’Azur, etc), tandis que les lieux les moins riches se trouvent souvent en périphérie des grandes villes : ce sont les banlieue que l’on peut ghettoiser mais dont on ne peut cependant pas se séparer aisément !

(2) Les Etats-Unis pourraient être amadoués en envoyant des troupes en Afghanistan, l’Angleterre serait heureuse de fermer le tunnel sous la manche (le prétexte des opérations militaires serait encore ici très utile), et la chine et la Russie auraient la joie de nous voir nous entredéchirer.

juillet 31, 2008 Posted by | actualités | , | 4 commentaires

Mentalités

Les deux mois d’été s’annoncent peu fournis en articles. C’est sans doute le soleil qui me met d’autres choses en tête…

Néanmoins, voila un post en forme de petite réflexion brouillonne.

Je regardais les auditions des représentants américains qui désiraient lancer une procedure d’impeachment contre Bush. Il y a dans la démocratie américaine une fraîcheur et une naiveté bienvenue.

On peut douter de leur sincérité… mais je crois que ce genre de doute est mauvais pour la démocratie. Ou plutôt : le doute perpétuel et le cynisme ad nauseum pour toute réflexion ne mènent à rien.

En France, le cynisme est une posture intellectuelle particulièrement répandue, dans tous les domaines. Personne ne fait confiance aux hommes politiques, et il n’y a qu’un pas vers le refus de toute implication — je veux de dire de toute réflexion — en politique.

Ce qui est vrai de nous l’est aussi de nos représentants. Un élu cynique ne pensera qu’à son siège et à suivre la ligne du parti qui l’intronise. Le cynisme favorise les comportements moutonniers, les « si c’est pas moi, ce sera un autre », de notre part comme de la part des hommes de pouvoir.

C’est à se demander si le cynisme ne nous a pas été inculqué pour nous éloigner du débat politique.

juillet 28, 2008 Posted by | Politique | Laisser un commentaire

Les vacances sans politique

Les vacances ! J’en suis revenu me disant que finalement la politique n’était pas si passionnante et que j’étais trop critique : la France est belle, les gens sont sympas et tous ces vacanciers sont heureux et… plutôt riches n’est-ce pas ? Les oiseaux reviennent dans les montagnes, les rapaces sifflent autour des oreilles des grimpeurs et s’amusent à leur faire peur, les paysans semblent s’épanouir avec la remontée des prix de la nourriture et partout les gens rient des grosses voitures

Ouaih. Ben il suffit de rentrer, d’allumer la télé ou de lire Le Monde pour retrouver le sens des réalités. Car entre la droite qui affirme qu’elle a gagnée la bataille idéologique (en accord avec Jack Lang, semble-t-il) et les bleus qui rejouent la finale de 1998, notre futur semble verrouillé par notre passé. Les ch’tis en avant post l’avaient d’ailleurs déjà prouvé. Malheureusement.

La nostalgie a toujours favorisée la réaction, nous avons eu un Napoléon III qui se réclamait de Napoléon et nous avons un Sarko qui se réclame d’un foutu fatra du passé bien mélangé pour plus plaire et plus perdre tout le monde. C’est pas gagné.

juillet 15, 2008 Posted by | Politique | 2 commentaires

Vacances

Je suis en vacances jusqu’au 14 juillet, donc peu voir pas d’activite d’ici la !

Bonnes vacances a tous

Castor

juin 23, 2008 Posted by | Uncategorized | Un commentaire

La belle morale, prise 2.

Les américains qui conduisent des Hummer se font insulter. Il est vrai qu’ils polluent. Le Hummer H2 produit 432g de CO2 par kilomètre. La voiture de Renault « la moins polluante »(1) produit 117g de CO2 par kilomètre. Pratiquement quatre fois moins !

Malheureusement, si tout le monde avait la voiture la moins polluante de la planète, ce serait encore trop. Si nous insultons les conducteurs de Hummer, accepterons-nous de nous faire insulter par les 3/4 de la population mondiale ?

Le réchauffement climatique pose un problème morale relatif.

Evidemment, tous les problèmes moraux sont relatifs. Mais celui-ci peut être chiffré.

Le but est de produire peu de CO2. Il existe deux moyens : que les personnes qui produisent beaucoup de CO2 soient rares et que les autres en produisent très peu, ou que chacun produise du CO2 dans des proportions raisonnables.

Devons-nous demander à chacun d’émettre moins qu’une certaine quantité de CO2 ou bien devons nous nous contenter d’une moyenne ?

Comparons avec les richesses. Pourquoi supportons nous les inégalités ? La réponse est simple. Parce que nous pensons que demain peut être différent, que la richesse du monde est extensible à l’infini et que, un autre jour, tout le monde pourra obtenir ce que j’ai déjà aujourd’hui. Nous pensons aussi que ce que nous avons n’empêche pas les autres de s’enrichir, que nous ne volons pas le pain de la bouche du voisin pour nous nourrir. Est-ce vrai ?

La quantité de richesses que peut produire la planète est finie. Un jour, tous le sauront. Certains ne pourront pas s’empêcher de comparer ce qu’ils ont et ce que nous avons et penser qu’une partie devrait leur revenir.

Nous ne pouvons pas faire de la baisse de la polution un devoir  moral si nous n’en comprenons pas les limites (et les nécessités). Sinon, ce ne sera qu’un dogme dangereux de plus.

(1) en terme de CO2 émit par kilomètre. Mais on peut imaginer que cela nécessite beaucoup d’électronique embarquée, et donc rejette énormément de métaux très polluants.

juin 13, 2008 Posted by | philosophie, Politique | 2 commentaires

Le castor afghan

Le castor afghan est très rare, si rare qu’on ne le voit jamais. Il n’existe qu’en un exemplaire, se reproduisant par androgénèse, au crépuscule de sa vie. Son mode de reproduction si particulier, l’injection de l’un de ses spermatozoïde dans l’un de ses ovules, est sans aucun doute la cause de son extrème rareté, car il est plus difficile de trouver un laboratoire spécialisé dans les montagnes afghanes, et même, dans les villes afghanes, que de l’opium de la meilleur qualité.

Mais laissons là sa vie privée. Elle nous intéresse moins que celle de Sarkozy, et surtout que celle de Carla Bruni.

Je dois, il me semble, donner quelques derniers détails physiques, nécessaires à la bonne compréhension de cette histoire. Le castor afghan est haut sur pattes et son poil long le protège des grands froids. Car contrairement à son cousin canadien, il n’hiverne pas. C’est bien simple, il n’y a pas d’eau là-bas. Pas assez de forêts non plus, pour faire un barrage et une cahutte digne de ce nom. Par contre, le castor afghan peut tenir des semaines sans ronger un seul arbre, son appétit est petit.

Castor afghan adore se battre, et il tient tête aux plus féroces des animaux. Tenez. Un jour je l’ai vu combattre un ours énorme qui venait du nord et du froid. Il courait autour en se jouant, et le mordillait, parfois sauvagement, mais sans discontinuer, un véritable enragé. L’ours est parti sans demander son reste.

Aujourd’hui, il est attaqué par un aigle, un poulet, et quelques autres animaux encore. Les enverra-t-il bouler la queue entre les jambes ou serra-t-il maté ?

Bonne question.

juin 10, 2008 Posted by | Uncategorized | , , | 2 commentaires