Castor politique

Des fables et de la politique

le climatologue et le journaliste spécialiste de météo

Cette semaine sur Arte, une émission débattait des changements climatiques. Etaient présents : deux ou trois climatologues et un journaliste-spécialiste-de-la-météo-qui-ne-croit-pas-au-réchauffement, Laurent Cabrol. Il a d’ailleurs écrit un livre sur le sujet, inutile de le lire.

Par contre, ça valait le coup d’écouter ses arguments. Pour l’fun.

Son premier atout était bien simple : trop de monde, trop de scientifiques admettent la réalité du réchauffement climatique. En bon 68ard, ce Laurent ce Cabrol ne pouvait que se rebeller en sachant très bien qu’il trouverait pour le suivre toute une communauté touchée par sa « révolte ». Ah oui, je mets « révolte » entre guillemets car c’est une curieuse révolte que celle qui cherche à ne pas bouger, la révolte de la bernique en quelque sorte.

Son second argument, qu’il énonçait d’une voix grave de vieux sage et dont il abusait  était bien plus évident : on nous demande de modifier notre mode de vie au nom de doutes. Ah, ah ! Le mode de vie, c’est une réalité tangible, celle qui nous permet de partir en vacances aux Antilles et d’y louer un 4*4. Le doute, lui, est intangible, et l’intangible ne fait pas le poids… Bernique ! disait-il, je ne bougerais pas ! Voilà encore un bel argument qui nous remue les entrailles et nous pousse à caresser la télévision et tous les objets que nous chérissons. Le doute ne vaut rien et surtout pas quelque chose que je peux tenir dans la main.

Son troisième argument était très très rigolo. Laurent disait, « moi j’ai rencontré des scientifiques qui ne croient pas au réchauffement ». Des spécialistes de la libido peut-être… on n’en sait rien. Toujours est-il que ce monsieur avait rencontré des scientifiques, alors que les climatologues n’en rencontrent jamais car c’est bien connu, ces climatologues se cachent sous leurs bureaux dés qu’un collègue passe, ne prennent jamais l’avion, n’organisent aucune conférence et se terrent dans les entrailles de leurs simulations.

Laurent Cabrol est un fait social, il ne devrait pas être invité à des émissions sur le réchauffement climatique. Par contre, il aurait eu sa place dans une émission sur la musique Basta ou sur les habitudes culinaires de trifouilli les oies. Laurent Cabrol est une curiosité, une production de la société moderne, une monstruosité culturelle. That’s it.

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décembre 17, 2008 Posted by | actualités, média, Politique | Un commentaire

Photo : Ségolène en train de se caresser !

Il est vrai que ce n’est que la nuque. Surpris ? Vous vous attendiez à mieux ? Vous n’auriez pas dû.

Internet vit de la popularité, les blogueurs et les journalistes doivent accrocher l’oeil. Certes, les articles papiers voyaient déjà fleurir les titres sans liens avec le corps de l’article, mais Internet a fait exploser le phénomène. Pire, le spectaculaire est devenu notre pain quotidien, nous qui désespérons d’attirer l’oeil sur nos petits écrits : il est plus facile de trouver un excellent titre (comme un « concept » d’ailleurs, mot qui m’effleure la langue avec des pincettes) que de pondre un excellent article.

septembre 16, 2008 Posted by | média | , , | Un commentaire

Marianne : un journal comme les autres ?

2008 : Usain Bolt fracasse le record du monde du 100m. Un stastisticien curieux observant la répartition des 100m les plus rapides de l’histoire s’aperçoit que le record d’Usain Bolt ne s’intègre pas dans une distribution normale et, par provocation, écrit un article qu’il titre Usain Bolt : ce n’est pas normal. A sa vue, le sang de Régis Soubrouillard ne fait qu’un tour. L’occasion est trop belle de dénoncer ce que tous les journalistes français suspectaient (1): Usain Bolt est dopé. Aussitôt dit, aussitôt fait. L’article est écrit, Usain Bolt est trop rapide pour être honnête. Son record est du jamais vu ! (2) Usain Bolt a de prétendues prédispositions génétiques, il affole les chronomètres

Malgré les talents polémistes de Régis Soubrouillard, des lecteurs remarquent que le mot « normal » a ici un sens mathématique qui ne s’applique pas à une population extrème (les coureurs les plus rapides). En fait, l’auteur a tout simplement écrit sur un sujet qu’il ne comprenait pas. C’est déplorable mais l’ignorance n’est pas un défaut… pour autant qu’elle soit admise. Or dans ce cas précis, deux problèmes graves méritent d’être soulevés.

Le premier ne concerne que l’auteur de l’article qui a escamoté la première phrase de l’article d’origine : Usain Bolt’s wonderful run in the Olympic 200-meter sprint reminds us that the normal distribution — the familiar bell curve beloved by economists and statisticians — can be wildly inappropriate when analyzing extremely selected samples. Cette phrase exprime simplement ce que les lecteurs de Régis Soubrouillard avaient remarqué : la célèbre courbe en cloche de la distribution normal n’est pas adaptée à l’étude de populations très sélectionnées (en l’occurence, les sprinteurs). Régis Soubrouillard n’a-t-il pas compris le texte en anglais ou a-t-il volontairement détourné le sens de l’article de Justin Wolfers ?

Le second point concerne la politique éditoriale du journal lui-même. Une fois que des lecteurs ont dénoncé les erreurs de l’article, (et je n’en fait pas parti, je ne voyais pas l’intérêt d’en rajouter alors que d’autres l’avaient déjà fait), pourquoi Marianne2 ne décide-t-il pas d’enlever l’article, avec ses excuses ?

Ce n’est pas un problème politique ou de point de vue, c’est un fait que premièrement, le mot « normal » a été pris dans un sens qu’il n’avait pas, et deuxièmement, que la loi normal ne s’applique pas à l’étude des phénomènes extrèmes. Même si les journalistes ne le comprennent pas, c’est comme si il avait été écrit 1+1 = 3, ou plutôt, pour donner un ordre de difficulté légèrement moins vexant, 10000000000+123453554646 = 35347675768.

Le but d’un journal est-il de surprendre, ou d’informer ? Même un journal polémique comme Marianne devrait baser son ironie sur des faits, ou il cesse d’être un journal.

(1) Il ne faut pas être naïf quand même !

(2) Je ne comprend pas trop où est le problème : un record, c’est toujours du jamais vu.

août 29, 2008 Posted by | média | , , , , | 2 commentaires

La production de la vérité scientifique : petit guide pour le citoyen

Malgré les immenses progrès scientifiques du siècle dernier et l’apparition d’une éducation de masse, j’ai toujours eu l’impression que le chercheur d’aujourd’hui se trouvait dans la même situation que l’honnète homme du moyen-âge face au serf le plus stupide. Toute communication est impossible et d’ailleurs, elle est rarement désirée, l’un ne voulant pas faire l’effort de réfléchir, l’autre ne voulant pas faire l’effort d’expliquer.

Cette incommunicabilité qui fut la mienne dés le début de ma thèse s’étendait à la plupart des gens, aux personnes cultivées, de culture plus classique et littéraire, mais aussi aux ingénieurs qui avaient peut-être oublié la rigueur sous le poids du langage des mondes économiques, managériales, journalistique ou politique. Mais pas aux scientifiques des autres domaines, car nous parlions la même langue.

Je dois avouer que j’ai toujours combattu ces impressions, je ne voulais pas les admettre car elles allaient à l’encontre de mes espoirs concernant le progrès de l’humanité et constituaient de mon point de vue, l’analogue en sciences du creusement des inégalités économiques.

Je pouvais espérer que le problème était personnel : comme je m’adressais habituellement à des scientifiques, je n’avais pas réellement d’efforts à faire pour me faire comprendre, ce qui n’arrangeait sans doute pas mes capaciter à communiquer avec les béotiens.

Cependant, j’avais la conviction que ce problème allait au-delà de mes propres défauts et je crois toujours que c’est la cas.

Je suis convaincu que ce problème est réel et qu’il n’est pas inévitable.

Je dois avouer cependant qu’écrire un article sur le sujet n’est pas facile. C’est une chose de se moquer de la bêtise du monde dans une conversation privée entre scientifiques, c’en est une autre de se pencher sur ses propres erreurs et celles des autres sans froisser personne. Surtout en France.

Il faudrait un très long article pour prendre en compte l’ensemble du problème. Je vais donc laisser de côté certains aspects pour les reprendre plus tard.

La confiance

Un chercheur est bien souvent un amoureux de la vérité. Les scientifiques qui me lisent pensent peut-être que j’énonce une lapalissade, pourtant, il est important de l’avoir en mémoire, car ce n’est le cas ni en politique, ni dans le monde économique.

Cette remarque « psychologique » est extrémement importante puisqu’elle induit la confiance entre les pairs : aussi curieux que cela puisse paraître, et contrairement à ce que croient souvent les béotiens, en science, le doute est plus rare que la confiance.

Deux scientifiques dont les domaines sont extrèmement pointus et différents auront tendance à se faire confiance, sauf si ils ont une raison « évidente » pour que ce ne soit pas le cas. La science est devenue si complexe, que le progrès deviendrait impossible sans elle.

Cela ne veut pas dire que le scientifique est un naïf, mais plutôt qu’un intérêt bien compris englobe la communauté scientifique. :  » je suis rigoureux et ne dit que la vérité, parce que j’ai besoin de pouvoir croire les autres pour utiliser leurs résultats. »

La publication des articles scientifiques est subordonnée à la lecture par des scientifiques (parfois un, parfois deux dans les plus grandes revues) qui permet d’éliminer les articles de mauvaise qualité et contribue à rendre les articles dignes d’être crus.

Le relativisme et le doute dont certains font preuve envers le réchauffement climatique n’est bien souvent qu’une perversion du doute cartésien et une posture destinée à donner de la profondeur à des idées qui n’en ont aucune.

Les degrés de véracité

Le scientifique explique ou calcul le degré de véracité de ses propos. Les difficultées liées à cette notion sont les premières pierres d’achoppement qui apparaîssent lorsque le chercheur tente de communiquer avec le public, essentiellement pour trois raisons :

  • la description du degré de véracité est souvent lié à au degré de véracité d’autres propositions que, en sciences, l’interlocuteur connaît. Cette description utilise un langage commun à la société scientifique qui n’est pas celui de société civile.
  • le degré de véracité lui-même est devenu un objet scientifique : il est par exemple sujet à des calculs statistiques très sophistiqués et difficiles à expliquer au public (n’oublions pas qu’en France, les probabilités ne sont pas enseignées à tous, et que de nombreux journalistes en parlent sans jamais en avoir compris les subtilités, la plupart des français non plus).
  • le dernier point qui rend difficile les explications réside dans le fait que la notion même de « degré de véracité » n’est pas utilisée dans les domaines auxquels est confronté le citoyen, c’est une invention moderne dont aucune intuition vulgarisée n’a encore été donnée. Une explication est donc nécessaire et constituerait un grand pas pour aider à la compréhension de la société civile.

La publication d’un article scientifique est la plupart du temps soumis à la vérification d’un relecteur, parfois deux dans le cas des journaux les plus célèbres, et si un résultat est surprenant, alors il sera souvent soumis à de plus amples relectures avant d’être publiées. L’apparition d’internet ne facilite pas les choses puisque des articles sont maintenant publiés dans journaux électroniques sans comité de relecture. Cette hiérarchisation permet au scientifique de comprendre le degré de confiance d’une proposition mais embrouille le lecteur non averti.

Il y a encore beaucoup de choses à dire sur ce sujet, j’y reviendrai dans un autre article en essayant d’analyser d’un peu plus près la communication du Groupe Intergouvernementale sur l’Evolution du Climat.

La vérité ?

Comment s’établit une vérité en science ? On pense souvent que les nouvelles découvertes scientifiques remettent sans cesse en cause les anciens consensus. Cette manière de voir est très éloignée de la vérité.

Evidemment, la théorie de l’évolution a remis en cause les anciens dogmes, bien sûr que la théorie héliocentrique (les planètes tournent autour du soleil) niait le géocentrisme (les planètes tournent autour de la terre), mais les anciennes théories étaient « préscientifiques » en ce qu’elles étaient rarement prédictives.

La capacité à prévoir le futur et les résultat des expériences est l’une des caractéristiques de la science. Réfléchissons un peu. Si une théorie prédit le résultat de certaines expériences, alors elle est au moins « un peu vraie ».

C’est ainsi qu’évolue la science. Les théories permettent d’expliquer les résultats d’expériences de plus en plus nombreuses et de manière de plus en plus précise. Il arrive même que certaines théories, à un instant donné, puissent prédire toutes les expériences en cours et toutes les expériences imaginables à cet instant. Ce serait alors idiot de dire que cette théorie est fausse sous prétexte que nous pensons que dans un futur plus ou moins lointains, on pourra imaginer des expériences la mettant en défaut.

Ainsi, la mécanique newtonnienne permet de connaître le mouvement des planètes sur quelques années et de manière extrémement précise. A plus long terme cependant, il faut une théorie plus précise, la relativité. Ainsi, d’un point de vue théorique, la mécanique newtonnienne est fausse, mais d’un point de vue pratique, elle est très proche de la vérité.

Malheureusement, si un chercheur parle de certaines prédictions et qu’il dit avoir utilisé pour cela la mécanique newtonnienne, il y aura très peu de monde capable de comprendre les limites de ses prédictions.

Certaines théories sont extrémement limitées. Ce sont souvent des théories « simples » destinées à décrire des phénomènes restreints (mais qui en pratique peuvent être très nombreux), je pense ici à la thermodynamique. En économie aussi il existe de telles théories. Elles font quelques suppositions sur l’homme et en déduisent de nombreux phénomènes.

Un exemple : si vous prenez un conducteur sur une route, et que vous supposez qu’il obéit à tous les feux rouges, stop, etc. Alors à un carrefour, vous pouvez décrire presque exactement son comportement (à un feu rouge, il s’arrête). Cette théorie est fausse (certains conducteurs ne s’arrêtent pas au feu rouge), mais vraie pour un très grand nombre de conducteur. Ce genre de théorie repose sur un consensus connu, simple et acceptable. Une théorie plus précise prenant en compte la psychologie du conducteur ne remettra pas en cause la validité de la théorie précédente puisque tout le monde en connaît les présupposés. Il est important de remarquer que la plupart des théories économiques, sociales et politiques font ce genre d’hypothèse, par exemple l’homme suit toujours son propre intérêt, ou alors il suit une certaine morale, ou encore il est grégaire, égalitaire…

Les consensus

Je vais avoir besoin de temps pour rédiger cette partie, ce sera pour plus tard

Aux jounalistes

L’essentiel des électeurs français n’aura jamais rien d’autre, comme information sur le changement climatique et l’énergie, que ce que les journalistes en charge de ce sujet dans les divers média auront souhaité — ou pu — leur dire (1). C’est dire si les journalistes sont à fois victimes de leur manque de connaissances scientifiques et responsable de l’ignorance du public. Leurs erreurs passées et l’absence d’un code de déontologie de la profession de journaliste entraîne justement une grande méfiance de la part de la société civile.

J’aborderais ce problème dans un prochain article.

(1) Jean-Marc Jancovici.

mai 31, 2008 Posted by | média, science | 2 commentaires

Tibet : les Chinois soutiennent leur gouvernement

Critique ou attaque ?

Aucun gouvernement ne peut survivre sans un minimum de légitimité, c’est-à-dire sans le soutien d’une partie de sa population et de ses élites. Le nazisme lui-même a résisté aux bombardements et à l’avance soviétique, par la terreur, mais surtout en évitant de prendre de front sa population. C’est ainsi, par exemple, que le programme d’élimination des malades mentaux est interrompu face à la résistance de l’église, ou encore que le pillage de l’Europe ne sert pas seulement les dignitaires nazis, mais aussi le petit contribuable, qui évite les augmentations d’impôts pendant toute la durée de la guerre.

Pour beaucoup de Chinois, le régime en place est légitime : la croissance du pays est phénoménale — les médias occidentaux le soulignent assez souvent, les infrastructures se développent, et des dizaines de millions de Chinois s’enrichissent, font des études, ou envoient leurs enfants à l’université. Il est faux de croire que les jeunes Chinois éduqués se battent contre la main de fer du parti communiste. Bien au contraire, on trouve parmis eux les plus patriotes et les plus ardents soutiens du gouvernement ( New York Times ).

Chaque critique du gouvernement chinois sur le Tibet ou sur le manque de démocratie doit prendre en compte la faiblesse de la dissidence chinoise et éviter d’être interprétée comme une attaque du peuple chinois, sous peine de renforcer le régime. Il serait vain et inutile de faire quelque chose qui suscite la haine dans l’esprit des Chinois.(1)

La Chine ne rendra jamais sa pleine indépendance au Tibet, les ressources hydrauliques des montagnes tibétaines sont bien trop importantes pour le pays. On ne peut que défendre la culture tibétaine et espérer une certaine autonomie.

Les médias chinois, miroirs des médias occidentaux

Au-delà de la fierté et des Chinois, et d’un nationalisme qui n’est pas plus virulent que le nationalisme américain ou français, on peut chercher à comprendre ce qui leur fait dire qu’ils se comportent mieux vis-à-vis des tibétains que les américains vis-à-vis des amérindiens.

La propagande des médias officiels chinois est passionnante. Elle imite le langage occidentale à la perfection, prenant les médias occidentaux à leur propre piège. Cette adéquation entre le langage de l’agence de presse officielle et le notre explique comment la crédibilité de l’occident ait pu aussi facilement être mise en cause par le gouvernement chinois.

Tout comme notre cher journal Le Monde et ses faits, ses éclairages et ses comptes rendus qui parfois s’inversent au cours du temps, l’agence de presse chinoise possède une section s’intitulant Le Tibet, les faits (en anglais tout de même). Le mot « fait » a un rôle presque hypnotique, et surtout, sert à rendre suspicieux vis-à-vis des autres médias : si le journaliste l’écrit, c’est donc que d’autres journalistes mentent… On pourrait trouver cette réthorique ridicule, on aurait tort, elle l’est bien moins que celle d’un David-Martin Castelneau qui enchaîne en quelques secondes les papier très factuel, les je vous parle de fait, un pas d’idéologie, et encore c’est un papier très factuel…(2)

Voilà donc la bien belle langue de bois que nous leur avons appris ! Langue de bois? Non, surtout pas. Cette langue est très efficace, elle fourmille d’adjectifs mettant en valeur la soi-disante véracité de ce qui est raconté, et influence même le lecteur dont l’opinion diverge, qui se met à l’utiliser et se retrouve pris au piège.

La macro-économie ou comment détourner l’attention

L’omniprésence de l’économie, souvent au détriment d’autres points de vue, caractérise une grande partie des médias européens ou américains. Lors du tsunami en Indonésie, Le Monde avait sorti un article décrivant son faible impact sur la croissance économique du pays. C’était vrai, et donnait en même temps un vision très parcellaire de la situation : les populations touchées étaient en grande partie constituées de pêcheurs vivant en plus ou moins grande autarcie et qui ne participaient qu’à la marge au PIB du pays. Le lien entre les indicateurs économiques et la réalité de la vie dans des régions en marge du système commercial mondiale est très ténu, pour ne pas dire inexistant. Mais pour les journalistes, il est beaucoup moins cher, en argent et en fatigue, d’attendre les simulations informatiques des centres de recherche plutôt que d’aller sur place enquêter dans des régions difficiles d’accès auprès d’ethnies variées qui ne parlent ni notre langue ni l’anglais !

Pour l’agence de presse chinoise, les « faits » sur le Tibet racontent une croissance annuelle de 12% qui a aussi profité aux fermiers et aux éleveurs, des investissements conséquents qui viennent à 93% du gouvernement central et un temps légal de travail de 35 heures, soit 5 heures de moins que dans les autres provinces.

On peut comprendre la colère des Chinois qui découvrent que notre obsession pour l’économie évite le seul Tibet.

L’infantilisation : de la dictature à la démocratie

Enfin, le dernier point sur la propagande chinoise que je veux encore expliciter concerne la manière de parler des manifestations, que les médias conservateurs de France et d’Amérique du nord couvrent à chaque fois, ou presque, de manière négative. Ainsi, à propos des manifestations lycéennes récentes, pourtant particulièrement calmes jusqu’à présent, Le Parisien parle de radicalisation des mouvements des élèves et violences, tandis que Le Figaro donne l’exemple d’une mère qui a «formellement interdit» à son fils d’aller manifester : «Je lui ai expliqué qu’il pouvait recevoir des coups et que prendre du gaz lacrymogène dans les yeux n’avait rien d’agréable.» Outre l’infantilisation, Le Figaro fait ici tout ce qui est possible pour faire des manifestations un jeu sans enjeu. Pour des médias conservateurs, une manifestation est toujours le lieu de violences gratuites. Les violences des Tibétains étaient facile à monter en épingle, il suffisait de nous imiter. Le mot « manifestation » lui-même évoque pour beaucoup aujourd’hui brutalités et dégradations, alors que nous devrions avoir pour lui le même a priori positif que pour le mot « vote ».

La décision de manifester est très rarement prise à la légère, les médias devraient toujours parler des causes et du contexte, mais l’idéologie et la course à la production journalistique les en empêche.

La langue et la propagande des médias chinois sont tout simplement les mêmes que celles des médias occidentaux. Toutes les deux doivent être combattues.

(1) Dalaï-Lama.

(2) Parlons-net 8.

avril 18, 2008 Posted by | média, Visuel | , , | 4 commentaires

Le Monde : ça, surmoi, écomoi.

Freud a une théorie, il existe en moi un moi, un surmoi et tout un tas de moi dont un ça.
Freud l’appliquait à la femme, à l’homme aussi.
Aujourd’hui, on peut être certain que Freud aurait trouvé un autre objet d’étude : Le Monde.

Le Monde a un ça : Le Post. Car, premièrement, Le Monde aimerait écrire en anglais, il s’est contenté d’un titre, c’est déjà ça. Deuxièmement, Le Monde aimerait dire tout tout haut et n’importe quoi, un balayage nécéssaire pour déterminer les centres d’intérêt du citoyen qu’il croit lambda.
Le Monde a un écomoi : Breakingviews. La politique est dépassée, le journaliste moderne se contente de décrire un monde obscure sur lequel le citoyen n’a aucune influence. Breakingviews n’est capable que d’une remise en cause, le f minuscule du mot finance.
Le Monde a un surmoi : Le Monde. Il faut suivre des règles strictes pour devenir et rester le journal de référence, comme si il existait quelque part une vérité politique à exhiber. Les abonnés seuls ont le droit de réagir, les notables seuls ont leur tribune, toutes les règles sociales sont respectées, chacun reste sagement à sa place, et Le Monde dénoncera, si nécessaire, son moi et son écomoi, sans ironie ni tartufferie.

Malheureusement, en se divisant ainsi, en espérant écarter d’un geste ce qui ne lui convenait pas et se recentrer sur la belle politique de théatre, Le Monde est tombé dans la névrose. Connaissez-vous un bon psychiatre ?

avril 7, 2008 Posted by | média, Politique | , , | Un commentaire