Castor politique

Des fables et de la politique

La gauche comment ?

Depuis quelques années, le paysage politique français passe par des hauts et des bas, beaucoup de bas, qui le modifient en profondeur. Malheureusement ou heureusement, c’est selon, une évolution est inéluctable. Elle s’est déjà traduite par l’apparition (peut-être transitoire) d’un centre qui cherche à phagocyter le PS, par l’abandon du socialisme par le parti du même nom, par le désir de Besancenot de créer une nouvelle gauche et par la politique « d’ouverture » de Sarkozy.

Les modèles deviennent mouvant, des idéologies sont abandonnées alors que d’autres apparaissent. Tout semble confus et le bordel du PS n’en est que la face tragicomique.

L’inéluctabilité

Une idéologie n’est pas le fruit d’une pensée ex-nihilo mais la compilation simpliste des intérêts d’un groupe social. Le communisme est né avec l’apparition de la classe ouvrière et le capitalisme s’est développé parmi la classe dirigeante anglo-saxonne du XIXe siècle. Plus loin dans le passé, l’idéologie aristocratique a permit d’affermir la domination des envahisseurs de l’empire romain et plus près de nous le capitalisme financier moderne découle de la « démocratisation » de la bourse et de l’achat d’actions par la classe moyenne américaine.

Les idéologies suivent les transformations de la sociétés et ne les précèdent pas.

Elles sont dictées en partie par les caractéristiques de la société où elles sont énoncées, même si une certaine latitude ne peut être niée. La concomitance de l’apparition des utopies socialistes (3) prouve combien l’évolution des pensées politiques est parfois indépendante de notre volonté.

Pour comprendre les modifications des programmes et des idéologies des partis français, il est donc nécéssaire de comprendre les changements qu’ a subit la société française.

Par exemple, la précarisation du travail est un fait historique. On peut lutter mais ses conséquences psychologiques et politiques sont inéluctables. Il faut aussi accepter que pour une minorité importante, cela ne soit plus réellement un problème. Au contraire, le changement d’entreprise est devenu un désir autant qu’une nécessité.

Les voyages sont plus fréquents, que ce soit pour le travail ou pour le plaisir. Les ingénieurs parcourent le monde pour suivre leurs clients ou leurs fournisseurs, comment cela change-t-il leurs façons de voir les politiques économiques ? (Ne m’objectez pas que seuls les riches voyagent car ça ne modifie en rien mes propos. Premièrement, ces riches qui voyagent sont nombreux, et se comptent en centaines de milliers. A ce niveau là, ça devient une importante minorité. Deuxièmement, à l’époque de Marx comme aujourd’hui, les idéologies sont énoncées par les gens les plus éduqués. Ceux qui interprètent les désirs d’une classe ne font pas nécessairement parti de cette classe. Ce sont des politiciens ou des intellectuels, sincères ou non, qui sont nécéssairement influencés par leur propre éducation et parcours personnels.)

La crise écologique aussi modifie notre façon de voir le monde. Quels sont et quels seront ses impacts sur la politique ? L’apparition déjà ancienne d’un parti vert n’est que la partie emmergé de l’iceberg. Une nouvelle morale écologique apparaît. Par bien des aspects, elle est tout aussi conformiste et toute aussi oppressive (les radins) que n’importe quelle morale (je ne remets pas en cause sa nécéssité ni même son urgence).

La société a changé. Les partis réagissent avec retard. Les idéologies aussi. Elles évoluent brutalement, par surprise. C’est normal car elles font parti de nos moyen d’appréhender le monde et nous les conservons comme repère toujours plus longtemps que nécessaire.

Le pêché originel

Bien qu’une évolution soit inéluctable, nous avons néanmoins un rôle à jouer. Heureusement. Et nous sommes bien plus maîtres de notre destin que ne le furent nos prédécesseurs. Nous pouvons (nous devons) essayer de ne pas nous laisser aveugler par nos idéologies.

Un contre-exemple illustrera mes propos. Au début du XXe siècle, les communistes et la plupart des figures de la gauche (1) soutenaient la colonisation. Ainsi Léon Blum, le 9 juillet 1925, lors d’un discours devant le députés, s’exclame « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler au progrès réalisées grâce aux efforts de la science et de l’Industrie »… De leur côté, initialement, les communistes ont vu dans la colonisation un providentiel accélérateur de l’histoire en direction de la création d’un société communiste.

La gauche, obnubilé par le rêve d’un société sans classe, avait laissé de côté son humanisme et s’était laissée aveuglée par ses idéologies.

Aujourd’hui, nous avons mangé le fruit interdit.

Nous connaissons une bonne partie des conséquences de nos comportements. Nous savons que chacun de nos achats contribue à réchauffer la terre et à désertifier le sahel. Nous savons que notre rêve d’un agriculture industrielle tournée vers les agrocarburants contribue à affamer les plus défavorisés. Nous savons qu’une baisse des impôts signifie un appauvrissement, une augmentation des risques sanitaires et une ségrégation éducative plus forte pour les plus pauvres.

Nous savons aussi que la fin ne justifie pas tous les moyens. Nous savons que l’oppression israelienne ne justifie pas les attentats sur des civils. Nous savons que l’attaque de 1948 des pays arabes contre Israel ne justifiait pas le nettoyage ethnique. Nous savons que le 11 septembre ne justifie pas les guerres. Nous savons que la présence d’un haut responsable d’Al Quaida dans un village pakistanais ne justifie pas qu’un missile tue des innocents. Nous savons que le terrorisme ne justifie pas les restrictions des droits individuels.

Ma gauche à moi ?

Si nous admettons le caractère égoiste de nos idées politiques, pouvons-nous néanmoins fixer des limites à cet égoisme, pouvons nous créer une pensée politique qui ne serait peut être pas très précise, qui resterait pragmatique, à l’image des démocrates américains, et qui saurait néanmoins avoir des barrières morales, un humanisme que la droite de Sarkozy (2) cherche à faire sien ?

Être de gauche aujourd’hui ne peut pas seulement signifier la défense de la classe moyenne car la droite aussi prétend la défendre et cela peut se faire au détriment des plus pauvres(5). Non, être de gauche, c’est refuser de sacrifier les populations fragiles sur l’autel de la majorité. C’est refuser de relancer l’économie et de protèger la planête au détriment de ceux qui souffrent déjà (3).

Cette manière de penser sera de plus en plus importante dans les années à venir. Nous nous approchons d’un monde malthusien. La crise écologique qui s’annonce est si importante que nous aurons sans doute de plus en plus la tentation de privilégier le problème du réchauffement climatique au détriment des hommes (bien que les deux soient très liés, et qu’une action contre le réchauffement soit en réalité un bienfait pour l’homme). Peut-être auront nous aussi la tentation du totalitarisme. Nous savons comment la moindre peur (par exemple celle du terrorisme) nous amène à négliger des pans entiers du droit.

Donc, être de gauche, c’est avoir à l’esprit les plus faibles.

Ceci dit, est-ce suffisant ? Non.

Des compromis sont nécessaires. On ne peut gouverner qu’avec une majorité. L’enrichissement d’une grande partie de la population a déplacé le maximum de la courbe des revenus vers le centre. Il importe donc aussi de comprendre les desirata de ce « nouveau centre » et surtout de lui proposer des solutions. Sinon, Bayrou ou la droite s’en chargeront (ils s’en chargent déjà), et la gauche se retrouvera isolée, sans jamais plus avoir la possibilité de gouverner.

(1) à l’exception notable de Rosa Luxemburg.

(2) même si il y a beaucoup de poudre aux yeux, cf sa visite en Tunisie.

(3) Je dis « souffre », mais pourquoi pas ? Etre de gauche ne signifie que l’on doive n’utiliser que des mots froids et prétenduement objectifs pour désigner les problèmes de société.

(5) surtout que la classe moyenne est grande. On peut prendre favoriser les plus riches ou les plus pauvres de cette classe.

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novembre 19, 2008 - Posted by | Politique | , ,

2 commentaires »

  1. Commentaire lu sur libe.fr et posté à propos du mélodrame du PS. Citation:

    « A lire tous vos commentaires remplis d’insultes dignes des pires époques, de propos fielleux, de haine morbide, on se croirait en pleine guerre huguenots contre catholiques, bleus contre chouans, jacobins contre girondins, Rouges contre Blancs en 1917, puis trostkistes contre staliniens dans les années 1930, sans compter la manipulation des passions par les nazis. Cela fait froid dans le dos ! Heureusement que vous n’êtes pas autorisés à porter des armes, mais si ce pays venait à être plongé dans une crise institutionnelle majeur, on n’ose imaginer ce que cela donnerait.
    Relisez Montesquieu et Rousseau : les citoyens ne doivent pas se laisser manipuler par ceux qui exercent le pouvoir exécutif ou aspirent à l’exercer. Tous les chefs de parti, sans la moindre exception, sont animés par l’ambition, et il est de l’intérêt public de les tenir sous contrôle. Il faut les ramener à leur rôle : l’intendance ; ils ne sont que des professionnels de la gestion des collectivités publiques. Ils doivent être tenus dans une position serve et ils doivent en permanence être contraints à rendre des comptes sur une gestion qu’ils n’exercent que par délégation. Il n’y a pas de chef suprême, ou de sauveur de la nation : il n’y a que des gens très ordinaires à qui on a confié temporairement l’exercice de la gestion publique et ils doivent être placés sous surveillance constante. Enfin, indépendamment de son goût exarcerbé pour le pouvoir, quel politique a-t-il jamais eu une idée originale ? Ce ne sont ni des économistes, ni des philosophes, ni des spécialistes de sciences sociales ; les politiques ne font que reprendre des idées fabriquées par d’autres : l’Etat Providence lui-même n’a pas été l’invention des chefs de partis sociaux-démocrates mais de deux économistes indépendants et d’ailleurs libéraux : Keynes et Beveridge et de l’autre côté les actuels partis conservateurs ne font que reprendre les idées de l’économiste Friedman et du philosophe Hayek, Reagan les a mis en musique, Sarkozy ne fait que les reprendre. N’attendez donc pas des chefs de parti une ligne politique comme si vous attendiez le messie : ils n’ont pas d’idées personnelles, c’est aux citoyens (mot hélas passé de mode) d’imposer leurs choix politiques aux chefs de clans. Toute autre approche de la politique ne conduit qu’aux dérives de l’autoritarisme sans contrôle, de l’hyper-personnalisation mégalomaniaque du pouvoir, aux méthodes de brigands de chefs de clans, à la manipulation malsaine des passions des citoyens et à leur propre dégradation qui en résulte. Pour quel bénéfice ? jamais un pouvoir sans contrôle strict et sévère exercé sur lui n’a conduit au bonheur des peuples. Cela vaut pour le parti majoritaire comme pour celui de l’opposition.
    Devenez mâtures et cessez de vous laisser manipuler passionellement par des gens qui ne méritent pas ces excès de considération. »

    Commentaire par villacampa | novembre 24, 2008 | Réponse

  2. Bonjour cher castor, j’abonde dans votre sens, d’autant que le PS risque de laisser sa place au centre à un Bayrou qui ne manquera pas d’opportunisme, et sur sa gauche à un NPA prometteur…Mais le monde se transforme, il est temps qu’il prenne forme humaine.
    Bien à vous
    Voici mon dernier billet, non pas sans rapport:
    http://jeboycotte.org/index.php?/archives/43-La-contagion-qui-vient.html#extended

    Commentaire par hans | décembre 14, 2008 | Réponse


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