Castor politique

Des fables et de la politique

Bouillon de mentalités, de cultures et de politiques

Depuis quelques temps, je suis fasciné par l’entrelacement de la politique et de la psychologie. Nous avons tous une éducation qui nous est propre, mais certains de ses traits sont largement partagés dans notre pays d’origine, la France en ce qui me concerne. Notre éducation a contribué à l’émergence de nos idées, qui là encore nous sont propres ou largement partagées. Mais pas seulement. Notre éducation a aussi fait notre caractère. Et notre caractère fait nos idées. Et nos idées font notre caractère.

J’ai déjà parlé du cynisme français. Je pourrais parler de la naïveté québecoise. Parfois, la frontière entre les idées et le caractère devient flou. Ainsi, à quel moment l’universalisme devient-il de la prétention ?

Nous avons aussi la conviction, en France, qu’il existe une réalité, une vérité, au point de parler de vrais (sic) débats, de vraies idées, etc. Mais il y a autre chose : les français — dont je fais parti, et ces remarques sont aussi une autocritique — acceptent difficilement de reconnaitre leurs torts. Les deux choses sont-elles liées ? Si, je caricature, en amérique du nord tout est affaire d’opinion, même les notes des examens d’université, en France, tout est vrai, ou faux. Pire, si c’est faux, alors c’est méprisable et sujet à la moquerie. Alors que si c’est affaire d’opinion, on peut changer d’avis en ayant l’intime conviction de en pas avoir eu tout à fait tort.

Il y a donc un mélange des genres, entre mentalités et idées, qui fausse la réflexion et qu’il est difficile de démeler.

Il m’arrive souvent de critiquer notre mentalité, mais en même temps, je ne suis pas certain de le faire à juste titre. En réalité, le seul argument qui m’amènerait à préférer la mentalité québecoise à la mentalité française concerne tout autre chose que la politique et est mieux illustré par une petite anecdote.

Voila quelque années, j’ai rencontré un libanais qui avait commencé ses études dans des établissements français du Liban et dont les parents avaient fui la guerre civile pour aller en Arabie Saoudite. Là-bas, il avait eu le choix de continuer ses études dans un lycée français ou un lycée américain, et avait choisi ce dernier , non pas parce qu’il pensait que la formation était meilleur, au contraire peut-être, ni parce que l’anglais lui semblait plus important que le français, mais tout simplement parce qu’il pensait que le lycée américain favoriserait son épanouissement personnel, et que bon ou mauvais, il allait s’y sentir mieux.

L’ élite française qui sort bien souvent des classes prépas a la facheuse tendance de mépriser les autres formations, souvent par ignorance, mais admettons même qu’il y ait une part de vérité. Est-ce que nos capacités intellectuelles sont plus importantes que notre bonheur ? En ces jours de JO, nous critiquons la formation des athlètes chinois, leur mise à l’écart, leur travail acharné qui détruit parfois leur corps, mais sachons le, sur bien des points, la France est à mi-chemin entre l’individualisme anglo-saxon et le sentiment asiatique de responsabilité vis-à-vis du corps social — qui, en contrepartie, renvoie à l’état sa propre responsabilité de redistribuer les richesses et de prévenir les mécontentements.

Libéralisme, socialisme et vache-à-lisme

Quand nous parlons de politique, nous imaginons que la lutte entre le libéralisme et le socialisme est lutte d’idée, une lutte du petit au fort. Et pourtant, c’est aussi une lutte de caractère.

Prenons le cas de la recherche. Principalement publique en France, faible malgré les promesses sans cesse renouvellées, tous les partis politiques, y compris socialistes depuis Jospin, voudraient la relancer par le privé. C’est beau. Mais qu’espère-t-on ?

On critique les chomeurs, profs et tous ceux dont on croit qu’ils sont favorisés ou chouchoutés à tort. Mais cette soit-disant mentalité d’assistanat, dont je veux bien accuser certains (1), n’est pas réduite à ceux qui sont dans le besoin. Les plus grosses entreprises françaises tètent les vaches-à-lait universitaires. Certaines ont pris l’habitude de profiter de la recherche publique contre des clopinettes. Pourquoi s’embêteraient-elles à financer chèrement leurs propre centres de recherche (même avec des baisses d’impots) quand elle ont tout pour rien, ou si peu.

Aussi, quand un patron d’une grande boîte française ou un homme politique de droite critique les faiblesses de certains, on ne peut que sourire et s’interroger : n’attend-il pas lui-même l’aide de l’état lors de ses négociations pour de gros contrats en Afrique ou en Chine ?

L’incompréhension culturelle

Parfois, certains traits culturels confinent à l’absurde. Le copinage et les réseaux des grandes écoles sont particulièrement développés en France. L’école devient comme un élément de notre personnalité, quelque chose qui nous caractérise et dont on ne peut se défaire.

Certains directeurs de grandes écoles se sont donc imaginés qu’en ouvrant leur concours aux étrangers, les étudiants seraient reconnaissant et formerait un réseau mondiale facilitant l’embauche, les contacts et la signature des contrats entre PDG issus du même moule. Quelle naïveté ! Comme si les Chinois et les Brésiliens avaient les mêmes intérêts que les Français.

Et surtout, quelle prétention…

Parenthèse : relativisme et toute

Attention ! Ce n’est pas parce que je dis que nos mentalités nous influencent que je crois que tout ce vaut. Comme Fukuyama, je pense que le relativisme est une posture. Il existe quelque part des valeurs et des barrières qui donnent une direction à suivre. Ensuite, à l’intérieur de celles-ci, peut-être qu’il existe différentes possibilités, ou que nous ne savons pas encore où se trouvent les optimums et les meilleurs solutions qui permettent de créer une société heureuse (2).
(1) Ce qui ne veut pas dire que je critique l’assistance chomage. Il y a en qui en profite, mais ce n’est pas une raison pour penaliser les innocents.

(2) Là où nous parlons en terme « objectifs » de liberté et d’égalité, les américains parlent de bonheur. En parlant de société heureuse, je me place définitivement du côté de ceux qui pensent que de nombreux choix de société sont affaire d’opinion.

Notes

Suite au commentaire de JP, je rappelle ces deux textes de mon blog sur la notion de vérité :

Le conte

La vérité en science

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août 22, 2008 - Posted by | philosophie, Politique | , ,

3 commentaires »

  1. Quelques remarques sur cette intéressante réflexion:
    1) Je méfie de toute catégorie prétendant travailler au service de « la vérité » (monde policier et judiciaire, journaliste, etc…). Ceci ne veut pas dire que je les méprise ou que je méprise leur travail, mais que pour moi, « la vérité » n’existe pas. On peut seulement admettre que chacun travaille à la recherche de « sa vérité », ce qui n’est pas du tout la même chose. Ce qui rend néanmoins grandement utile le travail de ces corporations, c’est le fait que, en revanche, l’erreur est une. Au fond, un policier, un juge, un journaliste, même un chercheur, travaille plus exactement à la traque de l’erreur. Et c’est déjà beaucoup.
    2) Sur l’influence du vécu et de la culture sur l’opinion des individus, je fais chorus avec, à ceci près que, la culture et l’éducation prédisposent les individus à un choix, à un goût, mais ne les déterminent pas. Ce qui signifie que, statistiquement, bien sur, on vérifie cette prédisposition qui se manifeste par des attitudes particulière, mais que chacun possède tout de même un libre – arbitre (ou tout simplement un trait de caractère) qui l’amènera soit à se conformer, soit à résister.
    3) Je comprend tout à fait le choix de votre ami face à une école anglo – saxonne, dans ce monde un échec n’est pas rédhibitoire, c’est une expérience dont on peut se prévaloir. Seule iota: je ne suis pas d’accord avec la recherche du bonheur, qui me parait fantasmatique, je préfère l’idée d’assumer ses désirs.

    Commentaire par Jean - Philippe Roy | août 22, 2008 | Réponse

  2. 1) Je ne suis pas tout à fait d’accord. Dans certains cas, il existe des degrés de vérités qui se traduisent par exemple en termes statistiques. Il y a toute une gamme de certitude entre résultat prouvé et simple opinion. Encore faut-il savoir où se placer.
    2) bien d’accord.

    Suite à votre commentaire, j’ai ajouté deux liens.

    Commentaire par castorpolitique | août 22, 2008 | Réponse

  3. C’est encore moi!
    Je viens de lire votre contribution sur la vérité en science.
    J’abonde évidemment dans votre sens. A ceci près que, étant berrichon, je suis têtu, et je veux revenir sur la question de l’usage du mot vérité.
    Pour aller vite, en science dure, on utilise, me semble t – il, le mot vérité, à la base, en référence à l’univers de la logique qui, sépare deux situations (vrai et faux), la première consiste à vérifier que l’assertion qu’on observe découle logiquement, est la conséquence d’une relation de cause à effet avec une précédente elle même considérée comme vraie. Originellement, il y a une affirmation axiomatique, qui elle ne peut que s’admettre, et qui est le point originel d’où tout le reste découle.
    Bon, je suis évidemment un peu réducteur dans mon propos, mais je pense qu’on peut s’entendre sur ce premier niveau d’usage du concept de vérité.
    De ce qui vient d’être dit, et notamment de la dépendance à un axiome originel qui s’admet, il résulte que toute « vérité » est relative au consensus axiomatique de base. Donc qu’il s’agit d’une vérité contextuelle, logiquement éprouvée mais en aucune manière d’une Vérité absolue au sens philosophique (métaphysique) du terme. Pour illustration de cela, je vous renvoie aux travaux de Jacques Bouveresse, dénonçant l’usage relâché et métaphorique du Théorème de Gödel par Régis Debray.
    Par ailleurs, je fais également chorus, à propos de la notion de véracité.
    Cette notion, qui est aujourd’hui au coeur y compris des sciences dites dures, repose, me semble t – il, sur l’usage courant des statistiques, c’est à dire sur le fait qu’on admette que tout résultat, d’emblée est entâché d’un taux d’erreur, et que ce qu’on établi est soit une (bonne) approximation de la réalité, soit une situation qui a une forte chance d’être réelle. En d’autre terme, pour reprendre les catégories du langage commun, qu’on a peu de chance de se tromper en la tenant pour vraie.
    Je prends un exemple concret dans mon domaine: dans certaine conditions bien précises, on peut désagréger un résultat électoral. Imaginons que je possède les résultats des votes dans l’Etat de l’Arkansas, seulement au niveau de la totalisation de l’Etat, et que, par ailleurs, j’ai la répartition des populations noires et blanches au niveau du comté. Si cette variable est déterminante dans le choix électoral, je peux, à l’aide de la technique des prédicats bayésiens, désagréger ce vote au niveau du comté.
    Les résultats obtenus ne seront pas l’exacte réalité, mais si j’ai bien construit mon modèle, que la ou les variables que j’utilise sont bien les bonnes, sociologiquement, j’obtiens des résultats qui me donnent une image assez fiable de la réalité.
    Deux remarques pour conclure: En sciences sociales, nous devrions, le plus vite possible, bannir le mot vérité pour lui substituer ce qui nous importe: la réalité!
    En second lieu, comme vous l’avez dit à votre manière, la réalité est une forme dont on ne peut s’approcher que de manière asymptotique, c’est – à – dire, au plus proche à long terme, mais sans jamais l’atteindre.

    Commentaire par Jean - Philippe Roy | août 23, 2008 | Réponse


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