Castor politique

Des fables et de la politique

La production de la vérité scientifique : petit guide pour le citoyen

Malgré les immenses progrès scientifiques du siècle dernier et l’apparition d’une éducation de masse, j’ai toujours eu l’impression que le chercheur d’aujourd’hui se trouvait dans la même situation que l’honnète homme du moyen-âge face au serf le plus stupide. Toute communication est impossible et d’ailleurs, elle est rarement désirée, l’un ne voulant pas faire l’effort de réfléchir, l’autre ne voulant pas faire l’effort d’expliquer.

Cette incommunicabilité qui fut la mienne dés le début de ma thèse s’étendait à la plupart des gens, aux personnes cultivées, de culture plus classique et littéraire, mais aussi aux ingénieurs qui avaient peut-être oublié la rigueur sous le poids du langage des mondes économiques, managériales, journalistique ou politique. Mais pas aux scientifiques des autres domaines, car nous parlions la même langue.

Je dois avouer que j’ai toujours combattu ces impressions, je ne voulais pas les admettre car elles allaient à l’encontre de mes espoirs concernant le progrès de l’humanité et constituaient de mon point de vue, l’analogue en sciences du creusement des inégalités économiques.

Je pouvais espérer que le problème était personnel : comme je m’adressais habituellement à des scientifiques, je n’avais pas réellement d’efforts à faire pour me faire comprendre, ce qui n’arrangeait sans doute pas mes capaciter à communiquer avec les béotiens.

Cependant, j’avais la conviction que ce problème allait au-delà de mes propres défauts et je crois toujours que c’est la cas.

Je suis convaincu que ce problème est réel et qu’il n’est pas inévitable.

Je dois avouer cependant qu’écrire un article sur le sujet n’est pas facile. C’est une chose de se moquer de la bêtise du monde dans une conversation privée entre scientifiques, c’en est une autre de se pencher sur ses propres erreurs et celles des autres sans froisser personne. Surtout en France.

Il faudrait un très long article pour prendre en compte l’ensemble du problème. Je vais donc laisser de côté certains aspects pour les reprendre plus tard.

La confiance

Un chercheur est bien souvent un amoureux de la vérité. Les scientifiques qui me lisent pensent peut-être que j’énonce une lapalissade, pourtant, il est important de l’avoir en mémoire, car ce n’est le cas ni en politique, ni dans le monde économique.

Cette remarque « psychologique » est extrémement importante puisqu’elle induit la confiance entre les pairs : aussi curieux que cela puisse paraître, et contrairement à ce que croient souvent les béotiens, en science, le doute est plus rare que la confiance.

Deux scientifiques dont les domaines sont extrèmement pointus et différents auront tendance à se faire confiance, sauf si ils ont une raison « évidente » pour que ce ne soit pas le cas. La science est devenue si complexe, que le progrès deviendrait impossible sans elle.

Cela ne veut pas dire que le scientifique est un naïf, mais plutôt qu’un intérêt bien compris englobe la communauté scientifique. :  » je suis rigoureux et ne dit que la vérité, parce que j’ai besoin de pouvoir croire les autres pour utiliser leurs résultats. »

La publication des articles scientifiques est subordonnée à la lecture par des scientifiques (parfois un, parfois deux dans les plus grandes revues) qui permet d’éliminer les articles de mauvaise qualité et contribue à rendre les articles dignes d’être crus.

Le relativisme et le doute dont certains font preuve envers le réchauffement climatique n’est bien souvent qu’une perversion du doute cartésien et une posture destinée à donner de la profondeur à des idées qui n’en ont aucune.

Les degrés de véracité

Le scientifique explique ou calcul le degré de véracité de ses propos. Les difficultées liées à cette notion sont les premières pierres d’achoppement qui apparaîssent lorsque le chercheur tente de communiquer avec le public, essentiellement pour trois raisons :

  • la description du degré de véracité est souvent lié à au degré de véracité d’autres propositions que, en sciences, l’interlocuteur connaît. Cette description utilise un langage commun à la société scientifique qui n’est pas celui de société civile.
  • le degré de véracité lui-même est devenu un objet scientifique : il est par exemple sujet à des calculs statistiques très sophistiqués et difficiles à expliquer au public (n’oublions pas qu’en France, les probabilités ne sont pas enseignées à tous, et que de nombreux journalistes en parlent sans jamais en avoir compris les subtilités, la plupart des français non plus).
  • le dernier point qui rend difficile les explications réside dans le fait que la notion même de « degré de véracité » n’est pas utilisée dans les domaines auxquels est confronté le citoyen, c’est une invention moderne dont aucune intuition vulgarisée n’a encore été donnée. Une explication est donc nécessaire et constituerait un grand pas pour aider à la compréhension de la société civile.

La publication d’un article scientifique est la plupart du temps soumis à la vérification d’un relecteur, parfois deux dans le cas des journaux les plus célèbres, et si un résultat est surprenant, alors il sera souvent soumis à de plus amples relectures avant d’être publiées. L’apparition d’internet ne facilite pas les choses puisque des articles sont maintenant publiés dans journaux électroniques sans comité de relecture. Cette hiérarchisation permet au scientifique de comprendre le degré de confiance d’une proposition mais embrouille le lecteur non averti.

Il y a encore beaucoup de choses à dire sur ce sujet, j’y reviendrai dans un autre article en essayant d’analyser d’un peu plus près la communication du Groupe Intergouvernementale sur l’Evolution du Climat.

La vérité ?

Comment s’établit une vérité en science ? On pense souvent que les nouvelles découvertes scientifiques remettent sans cesse en cause les anciens consensus. Cette manière de voir est très éloignée de la vérité.

Evidemment, la théorie de l’évolution a remis en cause les anciens dogmes, bien sûr que la théorie héliocentrique (les planètes tournent autour du soleil) niait le géocentrisme (les planètes tournent autour de la terre), mais les anciennes théories étaient « préscientifiques » en ce qu’elles étaient rarement prédictives.

La capacité à prévoir le futur et les résultat des expériences est l’une des caractéristiques de la science. Réfléchissons un peu. Si une théorie prédit le résultat de certaines expériences, alors elle est au moins « un peu vraie ».

C’est ainsi qu’évolue la science. Les théories permettent d’expliquer les résultats d’expériences de plus en plus nombreuses et de manière de plus en plus précise. Il arrive même que certaines théories, à un instant donné, puissent prédire toutes les expériences en cours et toutes les expériences imaginables à cet instant. Ce serait alors idiot de dire que cette théorie est fausse sous prétexte que nous pensons que dans un futur plus ou moins lointains, on pourra imaginer des expériences la mettant en défaut.

Ainsi, la mécanique newtonnienne permet de connaître le mouvement des planètes sur quelques années et de manière extrémement précise. A plus long terme cependant, il faut une théorie plus précise, la relativité. Ainsi, d’un point de vue théorique, la mécanique newtonnienne est fausse, mais d’un point de vue pratique, elle est très proche de la vérité.

Malheureusement, si un chercheur parle de certaines prédictions et qu’il dit avoir utilisé pour cela la mécanique newtonnienne, il y aura très peu de monde capable de comprendre les limites de ses prédictions.

Certaines théories sont extrémement limitées. Ce sont souvent des théories « simples » destinées à décrire des phénomènes restreints (mais qui en pratique peuvent être très nombreux), je pense ici à la thermodynamique. En économie aussi il existe de telles théories. Elles font quelques suppositions sur l’homme et en déduisent de nombreux phénomènes.

Un exemple : si vous prenez un conducteur sur une route, et que vous supposez qu’il obéit à tous les feux rouges, stop, etc. Alors à un carrefour, vous pouvez décrire presque exactement son comportement (à un feu rouge, il s’arrête). Cette théorie est fausse (certains conducteurs ne s’arrêtent pas au feu rouge), mais vraie pour un très grand nombre de conducteur. Ce genre de théorie repose sur un consensus connu, simple et acceptable. Une théorie plus précise prenant en compte la psychologie du conducteur ne remettra pas en cause la validité de la théorie précédente puisque tout le monde en connaît les présupposés. Il est important de remarquer que la plupart des théories économiques, sociales et politiques font ce genre d’hypothèse, par exemple l’homme suit toujours son propre intérêt, ou alors il suit une certaine morale, ou encore il est grégaire, égalitaire…

Les consensus

Je vais avoir besoin de temps pour rédiger cette partie, ce sera pour plus tard

Aux jounalistes

L’essentiel des électeurs français n’aura jamais rien d’autre, comme information sur le changement climatique et l’énergie, que ce que les journalistes en charge de ce sujet dans les divers média auront souhaité — ou pu — leur dire (1). C’est dire si les journalistes sont à fois victimes de leur manque de connaissances scientifiques et responsable de l’ignorance du public. Leurs erreurs passées et l’absence d’un code de déontologie de la profession de journaliste entraîne justement une grande méfiance de la part de la société civile.

J’aborderais ce problème dans un prochain article.

(1) Jean-Marc Jancovici.

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mai 31, 2008 - Posted by | média, science

2 commentaires »

  1. Intéressant. Il faudrait que je retrouve le temps de mettre un peu d’épistémologie sur mon blog.

    Commentaire par yoric | juin 3, 2008 | Réponse

  2. Ah l’épistémologie! mais mieux encore, pratiquer la rupture épistémologique!

    Commentaire par hans lefebvre | juin 13, 2008 | Réponse


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