Castor politique

Des fables et de la politique

Les religions toutes mélangées

Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L’un est petit, l’autre est grand. Ils vivent dans une cabane vers Kamouraska, mangent à leur faim et dorment tout l’hiver. La normalité des choses qui doivent être est respectée et les voisins ne sont pas inquiets.

Castor cadet et Castor ainé partagent quelques idées malgré leur fraternité, des idées simples d’autres complexes, l’une d’elle est plus limpide que l’eau turquoise des lacs de moraine : ni Castor cadet ni Castor ainé ne pensent que le réchauffement climatique est une réalité, mais bien évidemment, il n’obligent personne à partager LEUR opinion sur ce point très précis et si controversé.

Les enfants de Castor sont libres de croire ou de ne pas croire, croit-on savoir dans les cercles éclairés, car après tout, n’ont-ils pas le droit d’avoir LEUR propre vérité sur la planète ? (1)

Quand au père, sur ce point, il a SA propre opinion, mais ne lâche rien, car pense savoir que ses enfants auxquels il tient comme aux tympans de ses oreilles ont tort et bien tort, définitivement tort. Castor père serait-il un dictateur en herbe, un anti-démocrate, un tyran en puissance ? Nous espérons que non, nous sommes bien trop gentil pour cela, à moins que… oui ? non ? pas toi ?

Les pulsions anti-démocratiques du père pestent en cadence contre google, tandis que la partie consciente de son moi cherche une autre solution pour enseigner à ses enfants la vérité, là où il aurait dû dire SA vérité, du moins, je le pense, moi, au moins, je suis un démocrate.

Il appelle donc ses petits, petits petits petits, et les emmène avec lui chez le magicien, mage et sage qui habite la montagne, et dont le petit barrage est orné de toutes sortes de choses, des moulins à eau, des pics et bêches volées aux hommes pour leur valeur symbolique et d’autres raisons particulières et générale de ce vieil animal.

Le père pose SA question. Les petits castors le regardent, surpris et charmés de voir que leur père commence à douter. La difficulté de la demande surprend le sage qui s’attendait plus ou moins à une question sur la durée de l’hiver, ou sur l’existence prochaine d’un été indien, i.e. une question plus concrète à laquelle il aurait pu répondre facilement au vu de son expérience et toutes ses connaissances. Mais là ! Il réfléchit en silence puis s’enfonce dans sa hutte et revient avec une petite boîte en bois.

– Frappez votre lac, tous les trois trois fois trois fois avec votre queue, puis jettez-y la poudre de cette boîte, toutes ces indications étant écrites dessus, et attendez que les rides à sa surface de l’eau se soient dissipées. Posez votre question, trois fois de suite, et la réponse vous sera donnée trois fois. Allez maintenant, j’ai autre chose à faire qu’à m’occuper d’un futur qui ne me concerne pas !

Sur le chemin du retour, les pensées de bonheur et d’espérance traversent la petite famille comme les particules les plus lourdes, en rebondissant partout, ils sont tout heureux de pouvoir enfin dissiper les doutes qui commençaient à ronger leur famille, et vont en faire une charpie méconnaissable.

Arrivés au lac, un regard suffit pour des castors aussi décidés qui désirent en finir et obtenir une réponse sûr réelle vraie. Définitive.

Ils écrasent vigoureusement leurs queue comme suggéré sur la boîte, si fort, que le bruit résonne dans toute la montagne et que les animaux les plus divers et les plus orginales ont un instant le désir de parcourir des milliers de kilomètre pour en trouver l’origine et les secrets.

Les castors attendent, impatients et confiants, courbés sur l’eau, que se dessine à sa surface la réponse à toutes leurs questions, quand arrive le Geai, si joyeux, si bruyant, si curieux et sans cesse étonné, qui s’intéresse à tout et vol constamment pour tout rapporter à ses congénères et à qui veut l’entendre. Il se perche sur une branche basse au-dessus des castors et les observe, attentif à toute originalité, mais pourquoi donc sont-ils dans cette position bizarre et penchée vers l’est comme en attente d’une je ne sais quoi qui serait une réponse de plus à une question inconnue ?

Les rides se sont dissipées, c’est l’heure critique, et Castor père pose la question :

– Le réchauffement climatique est-il une réalité ?

A la surface de l’eau, le geai est apparu, déçu de ne pas voir plus d’action ou de romance, le Geai qui ne se tient plus et frigulote de sa voix fière et qui vole dans de si nombreux foyer qu’elle ne peut être que la voix d’un dieu de la forêt vénéré :

– Bien sûr que non, JE n’ai rien remarqué de tel, pensez-vous ! Il fait aussi froid, sinon plus, que là où je suis né, car, comme vous le savez, mes parents m’ont élevé vers Boston et je suis venu m’installer ici pendant mon adolescence, et croyez le ou non, mais les habitants de Gaspésie avaient bien besoin d’un gars tel que moi, d’ailleurs regardez-vous, à poser ces questions idiotes, que se serait-il passé si je n’avais été là ? JE me répête, c’est un non que je répond à cette question.

Le père, déçu décide de reprendre le rite pour la seconde fois, et pendant qu’ils frappent si furieusement l’eau de leur queue, une buse à épaulette arrive, faisant fuir le Geai pas si bête quand il s’agit de son bien-être et de sa survie.

Les castor posent de nouveau la question, et c’est l’image d’une buse qui leur répond.

– Moi la buse puissante dont les épaulettes indiquent l’importance, moi qui commande et ordonne à tous les petits animaux des bois, que tous connaissent la réalité ! Chaque année, je pars au Mexique, de moins en moins longtemps et de moins en moins loin, car il fait de plus en plus chaud. MON expérience est que le réchauffement climatique est MA vérité, JE l’ai vu de mes propres yeux et personne ne me convaincra du contraire.

Sur ces mots, la buse s’en va, déjà lasse de sêtre consacrée à ces infimes personnages, laissant la place au vieux corbeau retord, le vieux corbeau toujours gras quelque soit la saison et le climat, le seul que l’on entend encore croasser l’hiver venu, parmi les arbres qui craquent, le seul animal vivant ? se demande-t-on parfois.

Les castors retiennent leur souffle pour la dernière réponse donnée par un oiseau noire comme la nuit qui se reflète dans le clapoti des vagues minuscules.

– A vous de réfléchir, mais sachez néanmoins que ce point n’est pas affaire d’opinion et que vous devriez tomber d’accord, ou alors vous auriez tort même en ayant raison.

Le corbeau s’envole, les castors se regardent, car aucun n’a compris les paroles mystérieuses du corbeau dans l’eau.

Les opinions et les vérités

Le problème du réchauffement climatique est très intéressant car il mêle, comme souvent en politique, les faits, les projections, les conjectures et les opinions.

Le réchauffement climatique est un fait. Ce point est le plus facile à vérifier puisqu’il suffit d’observer la température moyenne de la terre pour s’en persuader.

Que l’homme soit responsable de la majeur partie du réchauffement climatique est aussi un fait scientifique, en dépit des déclarations fracassantes qui attirent l’attention des journalistes malhonnêtes. Mais ce n’était pas un fait il y a 30 ans, seulement une supposition, ou ce que l’on appelle parfois une conjecture.

Le réchauffement climatique va continuer, c’est un fait, quand à savoir en quelles proportions, c’est l’affaires de projections et de conjectures.

Le réchauffement climatique est un mal, ceci est une opinion. Selon que l’on habite au Québec ou en Afrique, le point du vue diffère. Il dépend aussi de notre capacité à suffisamment mépriser certaines populations pour que leur disparition nous indiffère. On peut y arriver par le racisme, la malhonneteté intellectuelle (ce n’est pas de ma faute ou je ne savais pas), etc.

C’est une opinion qui dépend aussi de nos intérêts et de notre volonté à vouloir rester ignorant, mais aussi, il faut l’admettre, du pouvoir des dirigeants, car si on veut être convaincu du bienfait du réchauffement climatique, il faut quand même qu’une  » autorité  » se dévoue pour nous convaincre et nous donner des arguments, vrais ou faux, peu importe.

Le réchauffement climatique pourrait s’emballer (2), c’est une conjecture, mais ses conséquences potentielles sont si graves — destruction de l’humanité par exemple, qu’elle mériterait d’être traité comme un fait. Mais ceci n’est que mon opinion.

Les mots ont encore un sens et il s’agit de se méfier. Un fait ne peut être cru, et dans une discussion, tout ne peut être affaire d’opinion. Un journaliste qui invite successivement des gens qui pensent que le réchauffement climatique est une réalité et d’autres qui n’y  » croient  » pas, n’est pas objectif, contrairement à ce qu’il tente de faire croire, il est tout simplement mauvais.

Les mots ont encore un sens, même si ils sont utilisés à tort et à travers comme de simples effets de manche.

Alors… Le nombre d’ouragans va-t-il augmenter ? Les réfugiés climatiques vont-ils se compter par millions ? La température moyenne de la terre en 2100 sera-elle autour de 19°C ou autour de 60°C ?

Le réchauffement climatique doit-il être évité ou non ?

Où sont les faits, où sont les opinions ?

Regardons le cas de la modération des commentaires sur les journaux. Tous les modérateurs empêchent la publication d’un commentaires faisant l’apologie des crimes nazis et empêchent l’expression d’une opinion comme  » il faut tuer tous les juifs « . Par contre, ils autoriseront la publication d’une affirmation fausse comme  » la progéria n’est pas héréditaire « .

Ce qui est pris en compte n’est pas la véracité réelle ou supposée de l’affirmation mais ses conséquences et sa valeur morale.

Pourtant, les conséquences des affirmations qui nient le réchauffement climatique pourraient être énormes.

Il serait beaucoup plus juste et moralement défendable de ne pas publier un article complètement faux de Claude Allègre plutôt qu’un appel au racisme, ou même une glorification du marxisme (pouah ! Quelle horreur !).

(1) Claude Allègre vient de sortir un livre intitulé : Ma vérité sur la planète.

(2) Il existe des phénomènes scientifiques très généraux que l’on appelle  » effets de seuil « . Remplissez votre baignoire. Au début, l’eau monte tout doucement, mais quand elle arrive au bord, l’eau arrête de monter et se déverse dans votre salle de bain. On peut donc dire que le comportement du remplissage de la baignoire est régulier, jusqu’à un certain point où il change brutalement de comportement avec des conséquences désastreuses.

Ce système est encore simple à décrire, mais les effets de seuils sont nombreux dans les systèmes complexes, comme la terre, et très difficiles à prévoir. Il se pourrait qu’à partir d’un certain taux de gaz carbonique dans l’athmosphère, la température se mette à redescendre, à stagner, ou, plus probablement, à augmenter très rapidement jusqu’à détruire toute vie sur terre.,

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mai 22, 2008 - Posted by | Histoires de Castor, Politique

5 commentaires »

  1. Castor n’a pas forcément tort! Un peu comme jeboycotte, il a deux enfants qui ont toutes leurs dents, des petites pour la plus jeune, des grandes pour l’aînée! Elles ne boycottent pas encore, même si papa s’emploie à leur transmettre cette habileté. Un état d’esprit plus qu’un dogme, un esprit critique plus qu’une règle! Jeboycotte persiste et insiste, mais les laisse libre, tant que faire ce peut. Par contre, jeboycotte est catégorique, elles ne liront pas claude allégre, il dit tout et rien, pense savoir tout mais ne sait rien!
    bien à vous, votre papier est excellent encore une fois.
    PS: Le nouveau Jeboycotte est arrivé, à boire sans modération!
    hans

    Commentaire par hans | mai 23, 2008 | Réponse

  2. Bien vu!!

    Je n’ai pas lu « Ma vérité sur la planète » mais qqs commentaires ici: http://www.manicore.com/documentation/serre/ouvrages/verite.html

    Sinon les politiques ont anticipé la crise du pétrole à en croire Libération (http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/328564.FR.php)
    « les politiques n’ont pas attendu cette crise pour préparer l’avenir ». Tout va bien alors…

    Commentaire par Bermo | mai 28, 2008 | Réponse

  3. Somehow i missed the point. Probably lost in translation 🙂 Anyway … nice blog to visit.

    cheers, Interlard

    Commentaire par Interlard | juin 20, 2008 | Réponse

  4. gang de cave

    Commentaire par truity | septembre 16, 2008 | Réponse


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