Castor politique

Des fables et de la politique

Communautarisme

Ce texte est inspiré d’un fait réel.
Castor a un ami, un ami sans toit mais pas sans loi. Une femme, deux enfants, l’un déjà né, l’autre à naître et encore sans maître. Cet ami presqu’canadien veut devenir presqu’parisien en déménageant dans l’immense ville figée et bourgeoise.

Cet ami rebondit comme une boule de billard, d’appartements insalubres en refus, de prix démesurés en prix inimaginables et pourtant imaginés. C’est l’errance et la tristesse, loin de sa femme et de ses enfants restés chez ses parents, regroupant ainsi trois générations dans la même maison en son pays, loin, très loin au sud de Paris.

Il est pourtant bien intégré, n’allez rien imaginer, français on ne peut plus intégré. Il visite et visite encore, entre deux métros, du quatorzième au dix-huitième, près du canal, près de la seine, près de Montmartre, près de Vincennes et ne trouve rien de rien que l’attente et la queue qui n’aboutie jamais.

Castor ne sait pas comment cela se passe dans ces milieux là, son ami pas plus que lui ne sait que la famille et plus encore cherche avec lui. Les parents sont présents, c’est normal, c’est comme ça, sa femme aussi car attention ! ils ne sont pas polygames, une seule femme est assumée comme le veut la loi.

Ses parents, donc, envoient des courriers, électroniques parfois, pour l’aider, vers leurs amis et leur communauté qui, à 77%, vote pour les mêmes candidats, c’est vous dire s’ils se tiennent les coudes bien serrés, près du corps, par pudeur, par habitude, par Toutatis ou un autre identique mais solitaire.

Avec les personnes de même confession, ils s’organisent sur les sites ouèbes et les annonces de toute sorte, les annonces de locations immobilières en particulier, si bien qu’un espoir apparaît, une lumière au fond du tunnel, mais non, qu’allez-vous croire, ceci est une belle histoire, aucun décès à déplorer, juste un tunnel, juste une lumière, aucun danger.

Le mécanisme se met en branle, rapidement, efficacement, un appartement est trouvé, pas dans Paris, pas tout à fait, mais que faire d’autre qu’abdiquer un chouïa de fierté pour vivre normalement, comme les millions d’habitants d’île-de-France ?

La visite est programmée, le propriétaire et ses sept enfants sont rencontrés, l’appartement est à eux, ils vont bientôt déménager, tout va pour le mieux et de nouveau, l’ami de castor est heureux.
Cette belle histoire de communautarisme et de ghettoïsation, Zemmour, comme Le Pen, l’aurait aimée, il aurait crié, il aurait tempêté, il aurait dénoncé ces individus qui se regroupent et se ressemblent dans leurs banlieues et s’assemblent, et s’entraident, ces familles nombreuses qui profitent tant de nos impôts si lourds à payer. La France, la douce France éternelle et vaillante qui résiste encore et encore à l’envahisseur, la douce France si belle et qui tient si bien sa place dans le concert des nations, cette France que nous aimons, toujours prète à se lever pour défendre la veuve et l’orphelin,

n’est-elle pas scandalisée de tous ces chrétiens qui se tiennent par la main ?

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Le communautarisme a bien des aspects, mais la critique du communautarisme, elle, n’en a qu’un, toujours négatif. Elle est aveugle et ne fait pas la différence entre la solidarité et les revendications égoïstes.

Regardons plus attentivement. Il existe des communautés de toute taille, la plus petite étant la famille, les plus grandes sont les communautés religieuses, étatiques (un état est une communauté), ou multi-étatiques (l’Europe, l’ONU, etc.). A chaque niveau, famille, ethnie, religion, état, chaque comportement communautaire doit être jugé selon les mêmes critêres, indépendemment de l’effet d’échelle qui donne l’impression qu’un regroupement national (la France) est « mieux » qu’un regroupement local (une banlieue).

Nos habitudes ont tendance à nous pousser à juger les communautés avant leurs comportements, et inconsciemment, à cause de notre histoire, nous préferons les états aux religions ou aux ethnies et aux tribus, en invoquant parfois un bizarre argument de rationnalité, le même qui fait que la guerre évoque, en nous, plus de réflexion qu’un attentat suicide.

La seule communauté qui ait une valeur morale « supérieure », c’est l’humanité.

Alors méfions nous de nos mots.

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avril 30, 2008 - Posted by | Histoires de Castor, Politique

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