Castor politique

Des fables et de la politique

La gauche molle

Autocensure

Pour le citoyen, le plateau de télévision est le lieu de tous les spectacles, de toutes les futilités… et de tous les dangers. Comment expliquer sinon les circonvolutions d’un Julien Dray qui dénonce le discours accusant les salaires français d’être trop élevés, et poursuit, presque en s’excusant : dans le temps, on appelait cela de la propagande, mais c’était pas si faux que ça. (1)

On aimerait être sur le plateau et vérifier de nos propres yeux que personne ne le menace, qu’aucun pauvre con ne rôde sous la table, tel un roquet sur échasses mal embouché.

Dans le temps. Vraiment ? Aujourd’hui, tout est donc différent, et quel que soit le discours de droite, l’homme de gauche ne peut plus parler de propagande sans risquer de passer pour un ringard marxiste, un chaviste, un maoïste, un castriste, un idéaliste, que sais-je encore, un castor?

Aujourd’hui, des rois nègres qui sont en fait les valets de chambre de certains gros intérêts, surtout les plus rapaces (2) sont épargnés, même en paroles, au nom de la très sainte civilisation. Le seul procédé politique digne d’un homme de gauche, le seul aussi qui ne lui donne pas un sentiment d’insécurité médiatique, passe par l’argumentation à voix basse, suivant les trois mots d’ordre: surtout pas d’agressivité, avec autocensure et sans émotion. Autant dire que si tous les journalistes suivaient ces préceptes, Marianne n’existerait pas et le champ médiatique pencherait encore plus à droite, que dis-je, tomberait dans l’extrémisme ultra-libéral. Trop tard? Ah, bon.

La politique sans émotion

Certes, une bonne gouvernance nécessite des raisonnements justes, mais le jeu politique, pour le meilleur et pour le pire, en particulier pour gagner des élections, impose une certaine dose d’émotion, de saine colère et de compassion.

Que ce dernier mot ait été utilisé par le passé pour surtout-ne-rien-faire, que Bush et son droit du plus fort en fait un repoussoir pour ceux qui veulent détruire la misère (3) et vaincre la guerre ne doit pas faire illusion, ni rendre froid et méprisant, même en apparence, envers ceux qui dénoncent avec les moyens du bord, l’oppression du système économique.

Pour beaucoup, l’incompréhension est l’unique conséquence d’une expression politique basée sur le seul raisonnement. N’oublions pas que la politique appartient à tous!

Il est tout autant absurde de bannir du discours politique le raisonnement et l’analyse, que l’émotion. Ou le mythe. Le but est d’expliquer et de convaincre, non pas de discuter de ce dont on est déjà persuadé.

Il faut donc aussi trouver les mots qui touchent, aller au delà du seul discours analytique, dont la gauche se contente, à cause de sa foi aveugle dans le pouvoir de conviction de la raison, alors que ce n’est, en ce domaine… qu’une foi aveugle.

Gauche passive, gauche poussive

En plus de jouer aux intellectuels, la gauche française s’est enfermée dans un carcan réthorique qui sert le pouvoir en place, qu’il soit politique ou économique.

La gauche ne combat plus que l’UMP, l’extrême droite à l’occasion, toute son agressivité se résume à celle qu’elle est capable de déployer pour attaquer la majorité, alors que, dans une société démocratique, l’agressivité est une arme politique subie partout et par tous. Jean-Paul Fitoussi le rappelle, les scientifiques eux-mêmes la supportent : Le problème devant lequel nous nous trouvons confrontés, nous les économistes européens, c’est que, lorsque l’on critique les politiques économiques qui sont conduites, on nous dit, c’est donc que vous êtes anti-européen. Il faut des nerfs très solides. C’est comme si, lorsqu’un Américain critique la politique américaine, on lui disait, c’est donc que vous êtes contre la constitution américaine.(4)

Il y aurait donc des stratagèmes en politique ? En scientifique, Jean-Paul Fitoussi ne fait que constater. En homme de gauche, il pourrait dénoncer un peu plus violemment une censure de la science qui n’est dénoncée qu’à la maison blanche, tant il est vrai qu’il est plus facile de s’en prendre aux américains.

La gauche joue les vierges effarouchées face aux médias, n’attaque rien ni personne, paralysée par la mauvaise foi de l’adversaire, et fuit le champ de bataille, laissant face à face la société civile, syndicats non compris, et des conservateurs revenus en force. On voudrait une gauche plus combative, plus agressive, d’une agressivité qui se résumerait d’ailleurs bien souvent à de la simple honnêteté.

Sur le fond, le parti socialiste a du travail (4). Sur la forme, la gauche a du travail.

Si le parti socialiste ne dénonce rien d’autre que la politique de théâtre de Sarkozy, c’est peut-être qu’il ne voit rien à changer dans la société française, et dans ce cas, à quoi cela servirait-il de l’élire?

(1) 30/03/2008, émission Ripostes.

(2) René Lévesque.

(3) Victor Hugo, discours du 9 juillet 1849.

(4) Jean-Paul Fitoussi, Parlons net.

(5) Jacques Gaillard : Quand la Gauche s’éveillera… elle aura du boulot! Article publié sur Marianne.

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avril 15, 2008 - Posted by | actualités, Politique | , ,

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