Castor politique

Des fables et de la politique

Waterboarding

Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L’un est petit, l’autre est grand. Ils vivent dans une cabane à Kamouraska, mangent à leur faim et dorment tout l’hiver. La normalité des choses qui doivent être est respectée et les voisins ne sont pas inquiets.

Cette fin de semaine, Castor cadet reçoit son cousin américain. Il a son âge et mesure deux pouces de plus que lui. Ses bras sont énormes. Il lui a expliqué, il est « bodybuildé ». Un mot nouveau pour un corps nouveau. Castor cadet n’est pas sûr d’aimer.

Castor américain apprend le français de France à l’école, et il ne connaît, ni le français, ni l’anglais, de Gaspésie, mais… Une petite explication s’avère nécessaire. Une toute petite qui ne mettra pas en péril les capacités de concentration du lecteur.

Un linguiste de Gaspésie a tout expliqué. Il a écrit une thèse trop longue que je l’ai lue avec abnégation et persévérance. En quelques mots, il dit ceci : l’anglais de Gaspésie est incompréhensible pour un anglais, le français de Gaspésie est incompréhensible pour un Français, mais les Anglais de Gaspésie et les Français de Gaspésie se comprennent entre eux. Le linguiste en est sûr, absolument sûr, une langue nouvelle est en train d’émerger sous ses yeux écarquillés, un petit miracle de l’évolution dont on pourrait faire une langue internationale, un symbole d’espoir et de renouveau pour l’infini diversité des univers. Il l’imagine déjà, cette langue nouvelle devrait s’appeler espéranto de Gaspésie. C’est un beau rêve pour un futur hypothétique. En attendant, l’anglais et le français de Gaspésie continuent leur lente dérive vers l’incompréhensible.

Revenons-en aux deux cousins, pour qui, rien n’est perdu ! Castor américain a l’habitude des langues étrangères, car il apprend aussi l’anglais d’Angleterre. Ils communiquent, par gestes et en articulant profondément, les dents rangées sur le côoté pour ne pas gêner, tant il est vrai qu’il suffit de vouloir s’amuser pour être capable de parler toutes les langues de la terre, passées, présentes et futures — la faim marche aussi.

Les cousins castors jouaient au sommet de la colline, dans la neige qui recouvrait encore les dalles rondes, plus haut, bien plus haut que les falaises de granit et leurs fissures droites et profondes qui, dit-on parmi les faucons, s’enfoncent jusqu’au centre de la Terre. Le père de Castor cadet chuchote autre chose : Les faucons volent trop souvent dans les orages, ils doivent recevoir quelques décharges électriques qui leur met la tête dans les nuages.

Castor cadet et Castor américain jouent. Castor cadet est impressionné, il n’avait jamais vu de castor monter aux arbres ! Ni sauter, ni courir ainsi. Il pense : le cousin américain est plus adroit qu’un ours. Boules de neige, courses et coupes de bois, l’Américain gagne toujours et c’est normal. Il est plus fort, plus grand et plus adroit.

Castor cadet s’amuse un peu, s’amuse beaucoup, mais voudrait gagner un peu, comme tous les enfants, comme tous les parents. Il pourrait demander à Castor l’aîné de l’aider. Il est plus grand, bientôot mature, déjà bedonnant. Mais c’est son frère, et si il y a une chose qui transcende les espèces, c’est bien celle-là, l’impossibilité pour deux frères de s’entraider.

Castor cadet réfléchit. Il a déjà vu son oncle aider son père, pourtant ils sont frères. Mais ils sont adultes aussi. Castor cadet comprend : il ajoute la fraternité à la longue liste des qualités qui disparaissent à l’âge adulte.

Castor cadet se souvient, car il est vrai que la Gaspésie est au Québec et qu’au Québec, on a bonne mémoire, et qu’on se souvient beaucoup, partout, de tout. Il avait vu, en cachette bien sûr, à la télé, parler Miss Teen Caroline du sud, ce qui lui donne une idée, une illumination qui va le sauver.

Le lendemain matin, les castors cousins s’amusent dans l’eau de la retenue, plongeons et pirouettes nautiques sont les deux mamelles des jeux des castors aquatiques. Avant le dîner, Castor cadet fait semblant d’être fatigué, il se repose sur le bord de la rivière et propose, nonchalamment, un jeu un peu différent. Il demande : connais-tu la capitale de l’Angleterre ? Castor américain dit « Paris » ! Celle de la France ? Castor américain dit non. Celle de la Chine ? Castor américain dit non. Castor cadet saute sur ses pieds en rigolant : tu ne connais rien dit donc ! Et il chante, rien de rien, rien de rien…

Qu’a-t-il fait là ! Son cousin a perdu la face ! Pauvre Castor cadet qui avait oublié l’histoire-proverbe de son père : Les Français pensent que les Chinois ne supportent pas de perdre la face, les Chinois pensent que les Américains ne supportent pas de perdre la face, et les Américains pensent que les Français ne supportent pas de perdre la face. Le Castor sage est prudent et évite de provoquer les Français, les Chinois et les Américains.

Mais c’est trop tard maintenant. Le cousin américain est en colère, il ronge un peu tout, les arbres et les cailloux, puis court sur le bord de la rivière qu’il se met à frapper furieusement avec sa queue musclée. Il pense et est : Castor cadet a triché, nécessairement, on l’a aidé, forcément. Il doit savoir, c’est vital, un tel échec ne doit pas se reproduire, car il remettrait en question son leadership, sa domination, son rôle de guide pour les castors de Gaspésie.

Castor américain a une idée. Le président de chez lui, un chrétien compatissant, dit de temps en temps à ses agents : mettez les méchants dans l’eau et vous en ferez un délateur tout chaud. Le cousin américain l’a entendu, le waterboarding est efficace et sûr. Il regarde Castor cadet et l’attrape au collet, puis d’un mouvement efficace de judo, lui met la tête sous l’eau. Pour noyer un castor, il faut un moment, c’est un problème, alors il attend, il attend, puis au bout dudit moment, lui sort la tête.

– Alors ?

– Alors quoi ?

– Tu sais très bien de quoi je parle !

Et plouffe, la tête dans l’eau. Castor américain rêve un peu, il aime être chef, mais il ne savait pas que c’était si amusant de noyer les gens ! Il n’entend pas Castor père et Castor père américain qui arrivent dans son dos, lentement d’abord, en devisant, puis rapidement, en courant. Il se sent soulevé et bousculé. Que fais-tu pauvre innocent, crient les parents. Il a triché, pleurniche Castor musclé. Ce n’est pas une raison pour le torturer ! C’est pas de la torture, continue de pleurer le cousin, c’est Bush qui l’dit !

Pendant qu’il s’explique, de manière un peu embrouillée, Castor cadet écoute, reprend son souffle et se souvient de sa peur. Il ne connaît pas ce Bush, mais il sait une chose maintenant qu’il enseignera à ses futur enfants :

Rigoles pas d’Bush, y pourrait prendre la mouche.

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avril 3, 2008 - Posted by | Histoires de Castor, Politique | , ,

Un commentaire »

  1. Wowww toute une évolution depuis la première ébauche !

    On sent une certaine libération et c`est un bon défoulement intellect! 😉

    Continue !

    Commentaire par Martine | avril 4, 2008 | Réponse


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