Censure sur le web
D’après rue89, l’éducation nationale tente d’empêcher la diffusion d’une vidéo tournée par des élèves et des professeurs.
Les gouvernements aiment les secrets
Coincidence aujourd’hui : un article de rue89 et un autre du New York Times sur le secret : le gouvernement américain tente d’éviter des enquêtes sur ses mauvais comportements en invoquant le secret, tandis que le gouvernement français envisage de réduire l’accès aux archives de la guerre d’Algérie. Quoiqu’il en soit, on est pas prèt de se comparer à la démocratie américaine, qui est beaucoup plus transparente (à terme au moins).
Tibet : les Chinois soutiennent leur gouvernement
Critique ou attaque ?
Aucun gouvernement ne peut survivre sans un minimum de légitimité, c’est-à-dire sans le soutien d’une partie de sa population et de ses élites. Le nazisme lui-même a résisté aux bombardements et à l’avance soviétique, par la terreur, mais surtout en évitant de prendre de front sa population. C’est ainsi, par exemple, que le programme d’élimination des malades mentaux est interrompu face à la résistance de l’église, ou encore que le pillage de l’Europe ne sert pas seulement les dignitaires nazis, mais aussi le petit contribuable, qui évite les augmentations d’impôts pendant toute la durée de la guerre.
Pour beaucoup de Chinois, le régime en place est légitime : la croissance du pays est phénoménale — les médias occidentaux le soulignent assez souvent, les infrastructures se développent, et des dizaines de millions de Chinois s’enrichissent, font des études, ou envoient leurs enfants à l’université. Il est faux de croire que les jeunes Chinois éduqués se battent contre la main de fer du parti communiste. Bien au contraire, on trouve parmis eux les plus patriotes et les plus ardents soutiens du gouvernement ( New York Times ).
Chaque critique du gouvernement chinois sur le Tibet ou sur le manque de démocratie doit prendre en compte la faiblesse de la dissidence chinoise et éviter d’être interprétée comme une attaque du peuple chinois, sous peine de renforcer le régime. Il serait vain et inutile de faire quelque chose qui suscite la haine dans l’esprit des Chinois.(1)
La Chine ne rendra jamais sa pleine indépendance au Tibet, les ressources hydrauliques des montagnes tibétaines sont bien trop importantes pour le pays. On ne peut que défendre la culture tibétaine et espérer une certaine autonomie.
Les médias chinois, miroirs des médias occidentaux
Au-delà de la fierté et des Chinois, et d’un nationalisme qui n’est pas plus virulent que le nationalisme américain ou français, on peut chercher à comprendre ce qui leur fait dire qu’ils se comportent mieux vis-à-vis des tibétains que les américains vis-à-vis des amérindiens.
La propagande des médias officiels chinois est passionnante. Elle imite le langage occidentale à la perfection, prenant les médias occidentaux à leur propre piège. Cette adéquation entre le langage de l’agence de presse officielle et le notre explique comment la crédibilité de l’occident ait pu aussi facilement être mise en cause par le gouvernement chinois.
Tout comme notre cher journal Le Monde et ses faits, ses éclairages et ses comptes rendus qui parfois s’inversent au cours du temps, l’agence de presse chinoise possède une section s’intitulant Le Tibet, les faits (en anglais tout de même). Le mot “fait” a un rôle presque hypnotique, et surtout, sert à rendre suspicieux vis-à-vis des autres médias : si le journaliste écrit ceci, c’est donc que d’autres journalistes mentent… On pourrait trouver cette réthorique ridicule, on aurait tort, elle l’est bien moins que celle d’un David-Martin Castelneau qui enchaîne en quelques secondes les papier très factuel, les je vous parle de fait, un pas d’idéologie, et encore c’est un papier très factuel…(2)
Voilà donc la bien belle langue de bois que nous leur avons appris ! Langue de bois? Non, surtout pas. Cette langue est très efficace, elle fourmille d’adjectifs mettant en valeur la soi-disante véracité de ce qui est raconté, et influence même le lecteur dont l’opinion diverge.
L’omniprésence de l’économie, souvent au détriment d’autres points de vue, caractérise une grande partie des médias européens ou américains. Lors du tsunami en Indonésie, Le Monde avait sorti un article décrivant son faible impact sur la croissance économique du pays. C’était vrai, et constituait en même temps un vision très restreinte de la situation : les populations touchées étaient en grande partie constituées de pêcheurs vivant en plus ou moins grande autarcie et qui ne participaient qu’à la marge au PIB du pays. Le lien entre les indicateurs économiques et la réalité de la vie dans des régions en marge du système commercial mondiale, est très ténu, pour ne pas dire inexistant. Mais pour les journalistes, il est beaucoup moins cher, en argent et en fatigue, d’attendre les simulations informatiques des centres de recherche, plutôt que d’aller sur place enquêter dans des régions difficiles d’accès auprès d’ethnies variées qui ne parlent même pas notre langue !
Pour l’agence de presse chinoise, les “faits” sur le Tibet racontent une croissance annuelle de 12% qui a aussi profité aux fermiers et aux éleveurs, des investissements conséquents qui viennent à 93% du gouvernement centrale, et un temps légal de travail de 35 heures, soit 5 heures de moins que dans les autres provinces.
On peut comprendre la colère des Chinois qui découvrent que notre obsession pour l’économie évite le seul Tibet.
Enfin, le dernier point sur la propagande chinoise que je veux encore expliciter concerne la manière de parler des manifestations, que les médias conservateurs de France et d’Amérique du nord couvrent à chaque fois, ou presque, de manière négative. Ainsi, à propos des manifestations lycéennes récentes, pourtant particulièrement calmes jusqu’à présent, Le Parisien parle de radicalisation des mouvements des élèves et violences, tandis que Le Figaro donne l’exemple d’une mère qui a «formellement interdit» à son fils d’aller manifester : «Je lui ai expliqué qu’il pouvait recevoir des coups et que prendre du gaz lacrymogène dans les yeux n’avait rien d’agréable.» Outre l’infantilisation, Le Figaro fait ici tout ce qui est possible pour faire des manifestations un jeu sans enjeu. Pour des médias conservateurs, une manifestation est toujours le lieu de violences gratuites. Les violences des Tibétains étaient facile à monter en épingle, il suffisait de nous imiter. Le mot “manifestation” lui-même évoque pour beaucoup aujourd’hui brutalités et dégradations, alors que nous devrions avoir pour lui le même a priori positif que pour le mot “vote”.
La décision de manifester est très rarement prise à la légère, les médias devraient toujours parler des causes et du contexte, mais l’idéologie et la course à la production journalistique les en empêche.
La langue et la propagande des médias chinois sont tout simplement les mêmes que celles des médias occidentaux. Toutes les deux doivent être combattues.
(1) Dalaï-Lama.
(2) Parlons-net 8.
La gauche molle
Autocensure
Pour le citoyen, le plateau de télévision est le lieu de tous les spectacles, de toutes les futilités… et de tous les dangers. Comment expliquer sinon les circonvolutions d’un Julien Dray qui dénonce le discours accusant les salaires français d’être trop élevés, et poursuit, presque en s’excusant : dans le temps, on appelait cela de la propagande, mais c’était pas si faux que ça. (1)
On aimerait être sur le plateau et vérifier de nos propres yeux que personne ne le menace, qu’aucun pauvre con ne rôde sous la table, tel un roquet sur échasses mal embouché.
Dans le temps. Vraiment ? Aujourd’hui, tout est donc différent, et quel que soit le discours de droite, l’homme de gauche ne peut plus parler de propagande sans risquer de passer pour un ringard marxiste, un chaviste, un maoïste, un castriste, un idéaliste, que sais-je encore, un castor?
Aujourd’hui, des rois nègres qui sont en fait les valets de chambre de certains gros intérêts, surtout les plus rapaces (2) sont épargnés, même en paroles, au nom de la très sainte civilisation. Le seul procédé politique digne d’un homme de gauche, le seul aussi qui ne lui donne pas un sentiment d’insécurité médiatique, passe par l’argumentation à voix basse, suivant les trois mots d’ordre: surtout pas d’agressivité, avec autocensure et sans émotion. Autant dire que si tous les journalistes suivaient ces préceptes, Marianne n’existerait pas et le champ médiatique pencherait encore plus à droite, que dis-je, tomberait dans l’extrémisme ultra-libéral. Trop tard? Ah, bon.
La politique sans émotion
Certes, une bonne gouvernance nécessite des raisonnements justes, mais le jeu politique, pour le meilleur et pour le pire, en particulier pour gagner des élections, impose une certaine dose d’émotion, de saine colère et de compassion.
Que ce dernier mot ait été utilisé par le passé pour surtout-ne-rien-faire, que Bush et son droit du plus fort en fait un repoussoir pour ceux qui veulent détruire la misère (3) et vaincre la guerre ne doit pas faire illusion, ni rendre froid et méprisant, même en apparence, envers ceux qui dénoncent avec les moyens du bord, l’oppression du système économique.
Pour beaucoup, l’incompréhension est l’unique conséquence d’une expression politique basée sur le seul raisonnement. N’oublions pas que la politique appartient à tous!
Il est tout autant absurde de bannir du discours politique le raisonnement et l’analyse, que l’émotion. Ou le mythe. Le but est d’expliquer et de convaincre, non pas de discuter de ce dont on est déjà persuadé.
Il faut donc aussi trouver les mots qui touchent, aller au delà du seul discours analytique, dont la gauche se contente, à cause de sa foi aveugle dans le pouvoir de conviction de la raison, alors que ce n’est, en ce domaine… qu’une foi aveugle.
Gauche passive, gauche poussive
En plus de jouer aux intellectuels, la gauche française s’est enfermée dans un carcan réthorique qui sert le pouvoir en place, qu’il soit politique ou économique.
La gauche ne combat plus que l’UMP, l’extrême droite à l’occasion, toute son agressivité se résume à celle qu’elle est capable de déployer pour attaquer la majorité, alors que, dans une société démocratique, l’agressivité est une arme politique subie partout et par tous. Jean-Paul Fitoussi le rappelle, les scientifiques eux-mêmes la supportent : Le problème devant lequel nous nous trouvons confrontés, nous les économistes européens, c’est que, lorsque l’on critique les politiques économiques qui sont conduites, on nous dit, c’est donc que vous êtes anti-européen. Il faut des nerfs très solides. C’est comme si, lorsqu’un Américain critique la politique américaine, on lui disait, c’est donc que vous êtes contre la constitution américaine.(4)
Il y aurait donc des stratagèmes en politique ? En scientifique, Jean-Paul Fitoussi ne fait que constater. En homme de gauche, il pourrait dénoncer un peu plus violemment une censure de la science qui n’est dénoncée qu’à la maison blanche, tant il est vrai qu’il est plus facile de s’en prendre aux américains.
La gauche joue les vierges effarouchées face aux médias, n’attaque rien ni personne, paralysée par la mauvaise foi de l’adversaire, et fuit le champ de bataille, laissant face à face la société civile, syndicats non compris, et des conservateurs revenus en force. On voudrait une gauche plus combative, plus agressive, d’une agressivité qui se résumerait d’ailleurs bien souvent à de la simple honnêteté.
Sur le fond, le parti socialiste a du travail (4). Sur la forme, la gauche a du travail.
Si le parti socialiste ne dénonce rien d’autre que la politique de théâtre de Sarkozy, c’est peut-être qu’il ne voit rien à changer dans la société française, et dans ce cas, à quoi cela servirait-il de l’élire?
(1) 30/03/2008, émission Ripostes.
(2) René Lévesque.
(3) Victor Hugo, discours du 9 juillet 1849.
(4) Jean-Paul Fitoussi, Parlons net.
(5) Jacques Gaillard : Quand la Gauche s’éveillera… elle aura du boulot! Article publié sur Marianne.







