La belle politique
Voici une phrase de Sarkozy lors de sa visite en Tunisie. Elle est admirable de subtilité politique. Le voyez-vous ?
Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami, de m’ériger en donneur de leçon.
La réponse se trouve un peu plus loin…
____________________________________________________________________
Citations
Voici tout d’abord quelques citations qui parlent d’elles même, ou presque.
Sarkozy : Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer. (…) Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami, de m’ériger en donneur de leçon.
(novembre 2007) FIDH : Note sur l’état des libertés en Tunisie à l’attention du Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies.
(…) en matière de respect des libertés est sombre. Depuis 20 ans, l’élan de réforme reste bloqué et aucune amélioration notable ne peut être mis en avant par les autorités. (…) les atteintes aux libertés individuelles, y compris la liberté d’association, la liberté de réunion, la liberté d’expression et la liberté de la presse sont quotidiennes (…) La promulgation d’une nouvelle loi relative au système judiciaire, au Conseil supérieur de la Magistrature (CSM) et au statut des magistrats, le 4 août 2005 « restreint l’indépendance des magistrats », comme le Rapporteur spécial des Nations unies sur l’indépendance des juges et des avocats l’avait définie en mars 2006. (…) De plus en plus, le gouvernement tunisien instrumentalise les préoccupations sécuritaires comme arme de répression de l’opposition et de tout mouvement de la société civile critique par rapport au bilan du gouvernement. (…) la recrudescence de l’usage de la torture sur des prisonniers a été l’un des effets les plus notables de l’application de la nouvelle loi sur le terrorisme.
Vous trouverez de nombreux exemples de torture et d’emprisonnements arbitraires sur Internet, pas la peine de les énnumérer ici.
Sarkozy encourage le communautarisme
Et maintenant, l’interprétation de la petite phrase : Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami, de m’ériger en donneur de leçon.
Elle est, me semble-t-il, bien plus subtile qu’elle ne paraît.
Nous savons que le quoi indique ici les droits de l’homme et que cette phrase est une manière de dire que l’amitié et la politesse sont au-dessus des droits de l’homme. Ceci déjà est choquant, même dans la France rebelle qui déteste aveuglément la délation. Mais il y a plus.
Car en écrivant quoi, il indique aussi combien méprisables peuvent être ces droits de l’homme qu’il n’est même pas nécéssaire de nommer.
En écrivant ce quoi, il dit encore que rien ne vaut l’amitié. Mais qu’est-ce que l’amitié ? C’est un lien entre personnes, un aveu de proximité, une reconnaissance d’appartenance à une certaine communauté.
Ce qu’il fait donc, c’est dire ceci : seul importent les gens qui sont autour de vous, les liens humains qui vous relient à votre entourage.
On peut comprendre que Le Pen ait apprécié la citation, car l’extrème-droite a compris combien les mots de Sarkozy encouragent une certaine forme de communautarisme : le nationalisme. Seuls les Français nous importent, pour les autres, il n’existe aucune valeur morale qui nous obligerait à leur porter secours.
Sarkozy joue sur plusieurs tableaux, il se fait un ami et il sait qu’il justifie une part importante de sa politique sur ces quelques mots, le nationalisme économique, mais aussi sa politique d’immigration au nom d’une communauté française dont les liens sont plus importants que n’importe quoi.
Qui sait, un jour peut-être, nous n’accepterons plus les réfugiés politique ni personne d’autre, car on ne voit pas au nom de quoi, on devrait mettre en avant la souffrance de gens qui n’ont aucun lien avec la France.
Cette phrase est-elle le signe précurseur d’un repli sur soi ? L’aveu que chacun doit balayer devant sa porte et ne pas le faire chez le voisin ?
Ou pire ?