Mon amie, l’instite
Les instituteurs et les professeurs font un métier formidable. On le dit, on le répète. Ils ont tant de chance d’avoir nos enfants, la chair de notre chair, le sang de notre sang, l’ovule de notre ovule. Ils accompagnent le développement des petits et des plus petits. Des mots d’encouragement devraient leurs suffire. Même à S..
S. travaille en région parisienne, en banlieue. Dés la sortie de ses études, jetée en pâture parmi les durs de durs. Des p’tits caïds d’un mètre dix. Des gamins terrifiés. Des étrangers.
Des étrangers ? Oui. Non. Plutôt des français d’une autre culture. On sait pas trop. Exclus et oublié, ça on sait.
S. les regarde et ne les connaît pas. S. n’a aucune formation. Cette ignââârde. S. est ailleurs. Dans les limbes de La Ville, la capitale clinquante et bobo.
Pendant que les mots creux sortent de la bouche des médias – mais que font les parents ? – S. fait son premier burn-out. Une fête, un baptême.
Doit-elle donner sa démission ? Qui prendra sa place ? Un marathonien peut-être. Un lutteur serait plus adapté.
L’état s’interroge. Faut-il la soudoyer, la protéger ? La faire taire, la cacher, surtout. Que personne ne sache.
S. désire continuer. Pour les petits. Pourtant, S. n’a pas le charisme d’un engagement porté par l’espérance. Pas d’espoir pour elle. Pas d’espoir pour les enfants.
Il est midi, S. est chez elle. La dépression guette qu’elle guette aussi. Un ballet dangereux qui mérite plus que des mots. Peut-être.
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